‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 54 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

corde, pour prêcher la pénitence et reconquérir les âmes à Jésus-Christ (1).

Puissance merveilleuse de la parole de Dieu! Au troisième siècle, un jeune noble égyptien, saint Antoine, entend ce passage de l'Évangile : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et le donne aux pauvres ; » et mettant ce conseil à exécution, il devient le père de la vie monastique en Orient. Dix siècles plus tard, François, le fils d'un marchand d'Assise, entend lire une autre parole de l'Évangile, se sent à son tour subjugué par la grâce, et devient en Occident le père d'une nouvelle famille religieuse. C'est en ce jour, en effet, que se célébrèrent les noces mystiques du séraphique Patriarche avec la sainte Pauvreté, et que l'Ordre des Frères Mineurs prit naissance.

Dans ses premières prédications, François eut le même succès que dans ses quêtes ; il recueillit beaucoup d'affronts pour lui, et quelques âmes pour le Père céleste, mais de belles âmes, comme nous le verrons bientôt. Il continua ce genre de vie pendant près de deux mois, partageant son temps entre la prière et le ministère de la parole, et recevant chaque jour l'hospitalité du chapelain de Saint-Damien.

Notre-Dame- des- Anges avait dès lors un attrait particulier pour lui. Là, il méditait plus à son aise la Passion du divin Maître ; là, il en savourait mieux toutes les amertumes ; là, quand il se sentait seul, protégé parTombre et le silence, il entrait avec Dieu

1. Légende des trois compagnons, c. vin ; — Tu. de Celano, Vita prima, p. I, c. es.

dans d'inénarrables épanehements, et laissant un libre cours à la douleur qui l'oppressait, il gémissait et sanglotait tout haut. Un de ses anciens amis, ayant un jour entendu ses cris de détresse, entra dans la chapelle, et, surpris de le voir tout en pleurs, lui demanda : e Quel est donc le sujet de votre chagrin? — Ah! je pleure la Passion de mon Seigneur Jésus- Christ, répondit François, et je ne rougirais pas de la pleurer ouvertement par toute la terre (1) ! » Belle parole, bien digne d'un cœur si tendre et si aimant, et qui dans la bouche de François avait la valeur d'une prophétie !

Nous venons de parcourir la période de la vie solitaire de notre saint, celle qui correspond à la vie cachée de Jésus à Nazareth ; nous allons maintenant entrer dans sa vie publique, et considérer, à travers la trame des événements, la haute action qu'il exerça au moyen âge sur l'Église et sur la société.

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