‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 55 sur 347 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

COMMENCEMENTS DE L ORDRE DES FRERES-MINEURS. — VOYAGE A ROME. — ORTE. — RIVO-TORTO. — NOTRE-DAME- DES-ANGES.

Il y a, dans l'ordre divin, deux choses qui ajoutent au front de l'homme un rayon de grandeur sans égale : la gloire d'être apôtre et celle d'être fondateur d'Ordre. Heureuses les âmes que Dieu signale au respect et à la vénération des peuples par l'un ou l'autre de ces dons excellents! Or, saint François a le rare privilège de réunir sur sa tête ces deux gloires incomparables ; et nous verrons briller en lui tout le dévouement de l'apôtre, en même temps que l'énergie créatrice du fondateur d'Ordre.

Fondateur d'Ordre , il ne recherchera point la grandeur attachée à ce titre : elle viendra à lui. Les besoins de l'Église et des âmes seront son unique préoccupation; les circonstances et la Providence feront le reste. Mais laissons les chroniqueurs du moyen âge nous retracer, dans leur style simple et naïf, les origines de l'Institut séraphique, et avec eux transportons-nous par la pensée dans les mon-

tagnes de l'Ombrie, au commencement du treizième siècle.

Un riche habitant d'Assise, qu'intriguaient depuis quelque temps les actions du fils de Bernardone, Bernard de Quintavalle, voulut contempler sa vertu de plus près ou peut-être la mettre à l'épreuve. Un soir, il invita le saint à partager son repas et à passer la nuit sous son toit. François accepta de bonne grâce. Après le souper , Bernard lui donna un lit dans sa propre chambre; et, la nuit venue, il feignit de dormir profondément, pendant qu'en réalité, il observait tous les mouvements de son hôte, à la lueur de la lampe qui éclairait l'appartement. Trompé par ce pieux artifice, François se lève, se met à genoux sur la terre nue; et, les bras en croix, les yeux au ciel, le visage baigné de larmes, il prononce ces paroles qu'il répète toute la nuit : Deus meus et omnia : Mon Dieu et mon tout. Un tel spectacle toucha Bernard jusqu'au fond de l'âme. « Vraiment, se dit-il, c'est là un homme de Dieu (1) ! » Quand le jour parut, il appela François et lui posa cette question : « Si un serviteur avait reçu de son maître un trésor pour de longues années, et qu'avant le terme assigné, il n'en eût plus besoin, que devraitil faire ?

— Le rendre à son maître.

— Or, ce serviteur, c'est moi. Dieu m'a confie d'immenses richesses, bien au delà de mes mérites : aujourd'hui je veux les lui rendre, et je les remets entre ses mains pour vous suivre. » François fut ravi

1. Th. de Celano, Vita mima, p. I, c. x, et Yita secunda, p. I, ex; — Chronique des vingt-quatre généraux, fol. 1.

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