CHAPITRE IV
que François fut obligé d'écrire sur les poutres le nom de chaque Frère, afin qu'ils pussent plus commodément se livrer à leur attrait pour l'oraison. Ils y vivaient d'aumônes et du produit de leur travail; quelquefois ils étaient réduits à se nourrir de racines. N'importe! Ils gardaient un visage joyeux au milieu de ces privations qui effrayent notre délicatesse, et trouvaient plus de douceur dans les larmes de la pénitence que les mondains n'en trouvent au sein de leurs délices et de leur félicité d'un jour. N'ayant point encore de bréviaires pour réciter l'office, ils s'assemblaient autour d'une croix de bois qui leur tenait lieu de livre; et là, assis sur un banc de pierre, ils écoulaient la parole enflammée du saint fondateur ou méditaient en silence sur la Passion de l'Homme- Dieu (1).
Trois faits principaux se rattachent à ces temps héroïques de Rivo-Torto. Le premier est un miracle où l'on admire l'opportunité de l'intervention divine, et dont la haute portée n'échappera à personne. Si dociles que fussent les disciples à la voix du fils de Bernardone, un doute aurait pu se glisser dans leur esprit sur l'étroitesse et l'étrangeté de la voie où il les entraînait. Dieu prévint le doute par un prodige. François, devant prêcher un dimanche matin dans l'église cathédrale d'Assise, monta dès la veille au palais épiscopal, et se relira le soir sous un appentis dans le jardin des chanoines, pour y vaquer à l'oraison; car il avait la pieuse habitude de passer la nuit en prières. Or, vers minuit, un char de feu sur lequel