Légende des trois compagnons, c. xm
Pica l'avait consacré d'avance à Marie ! C'était là qu'il avait fait ses premières armes dans les rudes combats de la pénitence, et que son œuvre était née d'un sourire de Marie! C'était de là qu'il était parti pour aller se prosterner aux genoux du Vicaire de Jésus- Christ! Tant de bienfaits ne proclamaient-ils pas assez haut que Marie entendait rester la patronne de son Ordre, après en avoir été la mère? N'était-ce pas à son ombre et sous son manteau d'azur que ce même Ordre devait croître et prospérer?
Telles étaient les pensées qui roulaient dans son esprit. Pour mieux s'assurer la protection de celle qui est l'avocate du genre humain, il voulut dès la première heure lui confier ses joies pour le passé, ses sollicitudes pour l'avenir; et transportant dans la vie religieuse un des usages les plus sacrés de la chevalerie, il fit sa veillée d'honneur et passa la première nuit en prière aux pieds de sa Souveraine, comme s'il eût dû être armé chevalier de Jésus et de Marie : il le fut en effet. L'auguste Vierge lui apparut environnée d'une multitude d'esprits célestes, et, lui souriant avec amour, lui fit entrevoir les glorieuses destinées du sanctuaire d'où devait sortir la rénovation du treizième siècle. Au point du jour, il se leva et s'écria à l'exemple du patriarche Jacob : « Véritablement, c'est ici un lieu saint qui devrait être habité par des anges plutôt que par des hommes! Tant que je le pourrai, je n'en sortirai pas. Il sera pour moi et les miens un monument éternel de la bonté divine (1) . »