‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 72 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

état de l'église au treizième siècle. — saint François et ses premiers compagnons.

Le douzième siècle venait de s'éteindre et de rentrer dans la nuit des temps : siècle qui avait eu ses gloires, mais dont le déclin léguait à la génération suivante un héritage gros de crimes et de périls. « Les débauches et la tyrannie de Henri II d'Angleterre, l'assassinat de saint Thomas Becket, la captivité de Richard Cœur de Lion, les violences de Philippe-Auguste contre sa femme Ingelburge, les atroces cruautés de l'empereur Henri VI en Sicile »(1), avaient déchaîné toutes les passions mauvaises et amené le triomphe général du mal sur le bien, de la chair sur l'esprit, de la force brutale sur la foi catholique. Le treizième siècle recueillait le fruit de ces désordres, et dès la première heure il paraissait ouvrir l'ère des douleurs et des ruines. En Asie, Jérusalem était retombée au pouvoir des musulmans; les dissensions des Templiers et des Hospitaliers compromettaient le sort du reste de la Palestine, et Gengis-Khan accou-

1. Montalembert, Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie, Introduction, p. 12.

rait avec la vitesse de l'aigle des extrémités de l'Orient.

En Europe, la situation n'était guère moins lamentable. Au dedans, des luttes fratricides où Arthur de Bretagne et Philippe de Souabe périssaient traîtreusement assassinés. Au dehors, de nouvelles invasions de barbares : les Maures en Espagne, les Tartares aux portes de la Livonie et de la Prusse. La corruption des mœurs marchait de pair avec l'anarchie politique, et les .clercs et les moines eux-mêmes se laissaient entraîner dans ce mouvement de décadence, auquel ils auraient dû résister. L'Église en deuil pleurait, et saint Bernard ^n'était plus là pour mettre une digue aux flots impurs du scandale, qui, montant toujours, envahissaient jusqu'au seuil du sanctuaire (1).

Une hérésie fameuse mettait le comble à tant de maux, et menaçait de tout détruire : c'était l'hérésie des Albigeois. Ces sectaires, qui avaient couvert de sang et de ruines tout le sol de la France méridionale, prolongeaient leurs ramifications jusqu'au cœur de l'Italie et tendaient la main aux hérétiques de tout nom, Patarins, Cathares et Vaudois, pour se ruer sur le clergé féodal, lui faire un crime de son autorité temporelle plus encore que de ses immenses possessions, et lui dénier tout pouvoir spirituel. On connaît leur doctrine renouvelée de Manès. Parlant de cette idée qu'il y a deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, et que le second est l'auteur de la création, ils devaient aboutir logiquement au fatalisme brutal qui

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