CHAPITRE VI. ilï
geait bien, buvait bien et dormait tout à .son aise, mais priait peu et travaillait moins encore. François, qui avait l'œil fin et très observateur, le fit venir et lui dit: a Va-t'en, frère mouche! Il y a assez longtemps que tu vis à la manière des frelons, qui ne font pas de miel et qui dévorent celui des abeilles ! » Et sans lui chercher d'autres crimes, il le chassa de la compagnie des Frères-Mineurs (1).
Cependant, s'il recommandait tant le travail, un travail honorable, utile au prochain et sans rémunération pécuniaire, il tenait en bien plus haute estime encore la charité fraternelle, ce ciment divin sans lequel toute maison tombe en ruines. « Je veux, disait-il à ses disciples, je veux que chacun de nos couvents respire l'union la plus cordiale, et que la charité fraternelle avec ses plus exquises délicatesses règne parmi nous. Béni soit donc le religieux qui chérit tous ses frères, et qui ne se permet jamais en leur absence rien qu'il ne se permit en leur présence! Mais si, par malheur, quelque Frère est convaincu d'avoir semé la médisance, la discorde ou la haine, vous lui infligerez un châtiment exemplaire, qu'il n'aura que trop mérité; car il se sera servi de sa langue comme d'un glaive pour déchirer les entrailles de son prochain (2). s Peu de temps après qu'il eut prononcé ces menaces, on lui amena un religieux qui avait manqué à la charité fraternelle. L'homme de Dieu, sachant par expérience que les fautes les plus légères peuvent avoir les plus déplorables conséquences si on les laisse impunies, con-