‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 97 sur 347 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tenir la vue pendant une seule minute. Ce monstre, c'est le démon ! (1) »

Parmi les démons, le vénérable fondateur redoutait beaucoup celui de la tristesse, parce que la tristesse mène au découragement, et le découragement au désespoir. Voilà pourquoi il recommandait à ses disciples les joies innocentes et les récréations qui reposent l'âme, el reprenait doucement ceux qu'il voyait enclins à la mélancolie. « Prenez garde, leur disait-il; souvent l'esprit de ténèbres se contente de jeter le trouble dans notre imagination et de nous enlever la paix; c'est une de ses ruses les plus perfides, car il lui suffit d'avoir entrée dans une âme pour y exercer ensuite les plus grands ravages. Mais il ne peut nuire au religieux qui se met en garde contre un pareil artifice. Ayez donc toujours au fond de l'âme et sur le visage la sainte joie de Dieu. Que les démons et leurs imitateurs soient dans les angoisses de la tristesse, cela se conçoit; pour nous, au contraire, nous devons toujours nous réjouir dans le Seigneur. > Il était tellement pénétré de cette vérité, qu'il disait à un novice dont il avait remarqué Pair sombre et chagrin : i Pourquoi ce visage abattu? As-tu commis quelque péché (car c'est là le seul mal qui nous doive attrister), va prier; ce n'est qu'au pied du Tabernacle qu'il est permis de pleurer pour obtenir le pardon de ses fautes, ou pour recouvrer l'allégresse intérieure, quand une fois on l'a perdue. Mais devant moi el devant tes Frères, aie toujours une figure saintement joyeuse ; car il ne convient pas, lorsqu'on est au ser-

i. Chronique îles vingt-quatre généraux.

vice de Dieu, de montrer un visage mélancolique et renfrogné (1). »

On ne peut nier que les conférences du saint directeur ne soient marquées au coin de la sagesse et qu'elles ne dénotent une connaissance approfondie du cœur humain. Elles nous laissent deviner en même temps la vie qu'on menait à Notre-Dame-des-Anges ; car, des hommes capables d'entendre de si hautes leçons d'humilité et d'abnégation ne pouvaient manquer d'être prêts à tous les sacrifices, à tous les dévouements, et de faire de rapides progrès dans la science des saints.

Tous ne persévéraient pas. François, qui avait reçu dans une si large mesure les dons de prophétie et du discernement des cœurs, lisait au fond des âmes les combats qui s'y livraient : il en profitait pour affermir les faibles, consoler les timides, et démasquer les fausses vertus des hypocrites.

Un jour que les novices lui manifestaient leur surprise et leur douleur du départ de celui d'entre eux qu'ils estimaient le plus vertueux : « Que sa sortie ne vous étonne pas, leur dit-il. Ce malheureux s'est perdu parce qu'il n'était pas fondé sur l'humilité. Croyez-moi, tout édifice qui n'a pas cette vertu pour base est un édifice ruineux (2). s

Reprenant en public les fautes publiques, il prédit à deux religieux la triste fin qui les attendait : à l'un, qui passait pour un saint et qui refusait de se confesser autrement que par signes pour ne pas manquer

1. Tu. de Celano, Vita secunda, p. III, c. lxviii. — 2. Waddixg, t. I, p. 349.

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