‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 116 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

leurs plus légitimes affections, elles se tournaient vers saint François, dans l'espoir de trouver sous l’habit de la pénitence la paix et le bonheur qu'elles demandaient vainement au monde. Le monastère venait à elles, puisqu'elles ne pouvaient aller à lui. Se bâtissant dans quelque réduit de la maison paternelle ou conjugale un sanctuaire mystérieux, tout plein de l'Époux invisible qu’elles aimaient uniquement, elles épanchaient librement devant Lui es flots d’amour dont le cœur de la femme chrétienne est Je réservoir sans fond. Le Tiers Ordre satisfaisait à leurs aspirations les plus idéales, en même temps qu'il les dédommageait de la tyrannie de leur position; en retour, elles l’enrichissaient du trésor de leurs vertus, de leurs sacrifices et de leur sainteté. Le lecteur nous saura gré de placer sous ses regards quelques-unes de ces fleurs embaumées, celles qui ont été plantées les premières dans le parterre séraphique et qui en forment à jamais le plus bel ornement.

Au-dessus de toutes, brille sainte Élisabeth de Hongrie, qui eut une place à part dans le cœur du Séraphin d'Assise, comme elle en a une dans l'amour du peuple chrétien. Mariée au pieux Louis, landgrave de Thuringe, Élisabeth, alors dans toute la fleur de son innocence et de sa beauté, offrait sur le trône le spectacle de toutes les vertus que saint François estimait le plus. En 1221, au moment oùses destinées se lient à celles de l'Ordre, elle ne comptait que quatorze printemps, et son jeune cœur, ouvert à toutes les nobles inspirations, allait présenter un champ fertile à ces semences de vie et de force que la main de François répandait sur l'univers chrétien (1). Lorsque, en cette même année, les Frères Mineurs se présentèrent pour la seconde fois en Allemagne, ils trouvèrent auprès d'elle encouragement et sympathie. Elle

(4) Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, par le comte DE MONTALEMBERT. — Cf. la Chronique de Saxe, par Bauoix DE Bauxswicx.

leur bâtit un couvent au sein de sa capitale, à Eisenach, et choisit pour son confesseur le Frère Rodinger, l'un des premiers Allemands qui eussent embrassé la Règle séraphique. Ayant connu par ses nouveaux hôtes l'existence du Tiers Ordre en Italie, elle fut frappée des avantages qu'offrait à une chrétienne fervente cette affiliation, et elle s empressa de S’ 4 agréger, heureuse de donner par là une sorte de consécration aux mortifications et aux pratiques de piété qu'elle s'était imposées de son propre mouvement. Elle cest la première en Allemagne qui se soit associée au Tiers Ordre, et l'on peut croire que l'exemple d’une princesse si haut placée par sa naissance et si renommée pour sa piété ne fut pas sans influence sur la rapide extension de l'institution franciscaine.

Le saint Patriarche, informé de la précieuse conquête que ses missionnaires venaient de faire, fut au comble de la joie. Lui qui défendait si expressément « de canoniser les gens pendant leur vie », ne tarissait pas en éloges sur les vertus de la jeune princesse. L'humilité exemplaire d'Élisabeth, son austère piété, son dévouement pour les lépreux, formaient le sujet ordinaire de ses conversations avec le cardinal Hugolin. Un jour, le cardinal le pressa de faire passer un gage de son affection à celle qu il pouvait à si bon droit nommer sa fille; et en même temps il lui enleva de dessus les épaules le vieux manteau qui les couvrait, en lui enjoignant de l'envoyer sur-le-champ à l'humble princesse. « Puisqu'elle est pleine de ton esprit, lui dit-il, je veux que tu lui laisses le même héritage qu'Élie à son disciple Élisée. » Le Saint obéit : il fit remettre à la duchesse ce modeste présent, accompagné d'une lettre, où il la félicitait des grâces dont le Ciel l'avait prévenuc dès le berceau et du bon usage qu'elle en faisait.

Élisabeth reçut avec autant d'esprit de foi que de recon-

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