‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 117 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

naissance le manteau du nouvel Élie; elle le prouva par le prix qu'elle attacha toujours à la possession de cet objet, et plus encore par l'imitation des vertus qu'il lui rappelait. Dieu, qui voulait qu'elle unît la majesté de la douleur à la majesté royale, la jeta dans le creuset des tribulations. Veuve à vingt ans, chassée du château de Wartbourp, errant avec ses enfants dans les rues d'Eisenach, abandonnée de tous et dépouillée de ses domaines, cette fille de roi ne put qu'à grand peine trouver un asile dans une étable à pourceaux. Au milieu de si poignantes angoisses, elle se conduisit en vraie disciple de saint François : pasun mot de récrimination contre ses persécuteurs, pas un murmure, pas un gémissement, mais une patience inaltérable et une espérance invincible. N'est-il pas écrit que plus on aura participé ici-bas aux souffrances du Rédempteur, plus on participera là-baut à sa gloire? Ayant enténdu sonner à minuit la cloche des Franciscains, la jeune veuve se rendit à leur office et les pria de chanter le Te Deum en action de grâces pour les afflictions que le ciel lui envoyait.

Quelques années après, le Seigneur versa une goutte de joie dans le calice de ses amertumes. Grégoire IX, qui venait de canoniser le Patriarche d'Assise, envoya à la princesse quelques gouttes du sang qui s'était échappé du flanc transpercé de son ami. Élisabeth déposa la précieuse relique dans l'hôpital qu'elle venait de faire construire à Marbourg.

Jusque-là, elle n'était encore qu'agrégée à l'Ordre; elle résolut de donner à cette affiliation un caractère irrévocable et solennel, et recut l'habit du Tiers Ordre des mains de Frère Burckhard, le vendredi saint de l’année 1229 (ou 1230). Elle consacra le reste de ses jours au soin des malades et des lépreux. Sur le point de mourir, elle se fit apporter le manteau de saint François et le légua à l’une de ses suivantes, en lui disant : « Ma fille, voici le plus pré-

cieux de mes bijoux. Je te déclare que toutes les fois que je m'en suis parée, Jésus, mon Bien-Aimé, m'a inondée de ses délices. » Ame toute séraphique, déjà mûre pour le ciel (elle n'avait que vingt-quatre ans!), Élisabeth s’envola vers les collines éternelles le 19 novembre 1231, cinq ans après le Patriarche d'Assise. Grégoire IX la canonisa le 26 mai 1235. Elle est pour les Sœurs la patronne de ce Tiers Ordre dont elle fut la première fille en Allemagne, et dont elle reste la gloire la plus pure.

Groupons autour de sainte Élisabeth quelques-unes des saintes femmes qui lui servent de cortège dans l'histoire de l'institution fransciscaine : En France, Blanche de Castille avec toute la famille royale; la Bienheureuse Delphine, épouse de saint Elzéar de Sabran, femme héroïque qui garda dans les liens du mariage le précieux trésor de la virginité; Jeanne de Valois, fondatrice de l’Annonciade; Anne d'Autriche, Marie-Thérèse et Jeanne-Marie de Maillé. — En Espagne, la reine Isabelle, la protectrice de Christophe Colomb. — Dans les Pays-Bas, Isabelle-Claire-Eugénie, gouvernante de cette province. — En Suède, sainte Brigitte, célèbre par ses révélations. — En Portugal, sainte Élisabeth, que ses sujets appelaient la messagère de la paix, la mère de la patrie. — En Italie, Pica, la pieuse mère de notre Saint; la Bienheureuse Viridiane, l'humble recluse de Castelfiorentino, que saint François visita en 1221 et qu'il admit au Tiers Ordre; la Bienheureuse Humiliane Cerchi de Florence, qui voulut être enterrée dans l'église de Sainte-Croix, où elle avait recu l'habit de la pénitence; sainte Rose de Viterbe, cette angélique enfant qui, sur l'ordre de la Sainte Vierge, revêtit à dix ans l'habit du Tiers Ordre, précha la péuitence à la manière des prophètes, eut l'insigne honneur d'être exilée par Frédéric Il, ct, à dix-huit ans, alla s'épanouir parmi les splendeurs du ciel, après avoir prédit la

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