‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 118 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

chute de l'Empereur et le prochain triomphe de l'Église; la Bienheureuse Angèle de Foligno, la pénitente de l'Ombrie ; et enfin, la grande pécheresse de la Toscane, Marguerite de Cortone, qui, après avoir imité la pécheresse de l'Évanpile dans ses égarements, l'imita aussi dans son retour et mérita d'être appelée la Marie-Madeleine de l'Ordre séraphique (1).

Ajoutons qu'entre toutes ces grandes âmes, si différentes par la nationalité, le caractère et la position sociale, il ÿ a un trait de famille qu elles tiennent de saint François : c'est l'esprit d'apostolat. Toutes, à peine revêtues de l'habit de la pénitence, s’adonnent avec ardeur aux bonnes œuvres: toutes sentent le besoin de conquérir des âmes à Dieu. Rien de beau comme de voir la pénitente de Cortone, pour ne citer qu'elle, soignant d'abord les plaies des malades, puis arrachant les jeunes gens au vice, les jeunes filles au déshonnéur, et devenant ainsi le salut de sa patrie. Il en fut de même en Sicile, en France, en Allemagne, partout où s’implanta le Ticrs Ordre; partout il exerça une influence aussi profonde que bienfaisante sur les idées et sur les mœurs. Il remit en honneur, parmi les femmes, des vertus trop long-: temps délaissées, la modestie, la fidélité conjugale, l'esprit d'abnégation, et réussit à extirper une lèpre contre laquelle les lois somptuaires ävaient été impuissantes, la lèpre du luxe, mère de la corruption et de la débauche. La femme reprit au foyer domestique la place d'honneur que le christianisme lui assure et d'où l'abandon de ses devoirs ne manque jamais de la faire descendre.

La loi de l'association portait ses fruits, au delà même des prévisions du réformateur ombrien. Le sensualisme païen était refoulé; la famille, sous la douce influence de la

(1) Voy. notre vie de Sainte Marquerite de Cortone, ch. 1n.

femme, se ressouvenait des serments du baptême; l'Evangile répandait sa bonne odeur au milieu du monde, et l'esprit de Dieu, après avoir fleuri dans les solitudes, s’épanouissait sur les grands chemins et jusqu’au sein des cours. L'Europe était sauvée.

Le Tiers Ordre obtint un autre résultat, qui ne fut que passager et propre à l'Italie, mais qui n'en mérite pas moins l'admiration des siècles. Uni à celui de saint Dominique, il défendit les droits du Saint-Siège et déconcerta les projets impies des empereurs d'Allemagne. Ce résultat est constaté dans un rapport adressé d'Italie, par quelque clerc ou prélat courtisan, à Pierre des Vignes, chancelier de Frédéric II. « Les Frères Mineurs et les Frères Prêcheurs se sont élevés contre nous. Îls ont réprouvé publiquement notre vie et nos entreprises; ils ont brisé nos droits et nous ont réduits au néant; et voici que pour achever de détruire notre prépondérance et de nous enlever l'affection des peuples, ils ont créé deux nouvelles fraternités, qui embrassent universellement les hommes et les femmes. Tous y accourent; à peine se trouve-t-il quelques personnes dont le nom n'y soit pas inscrit (1). » Ce document est précieux; il Jette une vive lumière sur un des points historiques les plus obscurs, et nous explique la victoire définitive des Guelfes par l'esprit d'association mis au service du patriotisme et de la foi. Les Tertiaires puisèrent dans cet esprit d'association des secours énergiques pour refouler l'invasion des barbares du Nord et amener peu à peu le triomphe du droit sur la force brutale.

La force brutale était alors représentée par Frédéric IE, empereur d'Allemagne et roi de Sicile, prince ambitieux et fourbe, qui, après avoir été le pupille d'Innocent III et avoir donné de belles espérances à l'Église, flétrit la dernière

(4) Pere. De Vixeis, episc., 1. 1, €. xxxvi.

Page 1