‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 119 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

moitié de son règne par le sensualisme oriental de ses mœurs et par la guerre injuste quil fit à la papauté. Enivré de sa puissance, il rêvait d'absorber le sacerdoce, c’est-àdire, la souveraineté temporelle et spirituelle des papes, et de rétablir à son profit l'empire universel des Césars (1). Qui donc, pensait-il, oserait se mesurer avec lui? Les Tertiaires franciscains l’osérent, pour rester fidèles à leur Règle. Nés du plus pur zèle de saint François, animés du même souffle divin, ils rallumèrent dans le corps social le véritable esprit du christianisme, qui est l'amour du droit et la défense de la justice outragée, s'enréôlèrent hardiment sous la bannière pontificale, et résistèrent aux sacrilèges empiétements du despote avec un courage persévérant qui leur mérita d'être appelés par Grégoire IX les Macchabées de la nouvelle alliance. Non content de leur décerner ce titre, le même Pontife les exempta du service militaire et les couvrit de sa protection (2). Ses successeurs l’imitérent, et l'entente entre les chefs et les soldats amena ce résultat final, qui paraissait impossible, le renversement du colosse impérial.

Fureur des guerres civiles apaisée, populations unies dans la résistance à l'oppression des consciences, projets insensés de l’empereur d'Allemagne réduits à néant, qui avait préparé ces triomphes, sinon le Patriarche d'Assise? C'est lui qui avait donné le coup de mort à la féodalité et à la tyrannie impériales, en édictant cette loi qui plaçait les Tertiaires sous la juridiction du Saint-Siège : « Les Frères ne porteront pas d'armes offensives, si ce n’est pour la défense de l'Église romaine, de la foi catholique et de leur pays. » Etles Frères, c'était la bourgeoisie, c'était le peuple,

(1) Hurcrann-BRrÉOLLES, Hist. diplom. Frider. IL, t. V.

(2) M. l'abbé Le Monnier est le premier qui ait mis en lumière ce point d'histoire, l'exemption du service militaire pour les Tertiaires d'Italie. — Voir son Histoire de saint François d'Assise, ch. xtn1.

c'étaient toutes les forces vives de la nation, ainsi que l'atteste le rapport adressé à Pierre des Vignes. Aussi un publiciste de nos jours, Frédéric Morin, a-t-il raison de déclarer, dans son étude sur saint François et les Franciscains, « que l'Europe moderne ne sait pas tout ce qu'elle doit à saint François ». Toutes les nations de l'Europe; l'Italie en pre- | mière ligne. Elle lui doit tout, la conservation de sa foi, son indépendance nationale, une législation plus équitable et, par un progrès logique, l'émancipation de la bourgeoisie et du peuple. Mais le même auteur se trompe, lorsqu il prétend que le tiers état est sorti du Tiers Ordre; car, le tiers état, entendu au sens moderne, est la négation du principe d'autorité qui sert de base à toutes les entreprises du réformateur ombrien.

Après six siècles d'existence, l'institution franciscaine est toujours vivante. Son rôle politique et religieux est-il fini, comme le pensent quelques-uns, ou faut-il croire avec d'autres que la similitude entre le moyen âge et notre époque lui crée une place marquée dans la lutte gigantesque où se débattent les destinées de l'Église et de la patrie? Un regard jeté sur l’état de la société moderne nous aidera à résoudre la question. Aux mille formes de l'hérésie antique a succédé une erreur plus monstrueuse encore, où revivent le dualisme de Manes, l'hypocrisie de Raymond VI, les violences de Luther, les haines de Calvin, et qui poursuit dans l'ombre et le mystère, par les séductions, la calomnie et le poignard, une œuvre satanique, la destruction du christianisme. Cette erreur, qui se nomme la Révolution, est le règne absolu du mal, comme l'Église est le règne absolu du bien. Elle s’est incarnée dans la franc-maçounerie. Léon XIII, dans l'Encyclique Humanum genus, a dénoncé, démasqué, anathématisé la secte; mais la réprouver ne suffit pas, il faut la vaincre. Or, à cette ligue infernale qui menace la société, à

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