CHAPITRE XIV
hardiesses de son langage, le cœur d'un fils défendant l'honneur de sa mère odieusement outragée (1). « Subjugués par les accents de cette éloquence inspirée, reprend saint Bonaventure, ses nobles auditeurs reconnurent que ce n'était pas lui qui parlait, mais que c'était l'Esprit-Saint qui parlait par sa bouche (2). » |
Le discours achevé, François présenta sa requête au Pontife. Honorius, à qui la personne du réformateur ombrien, sa mission providentielle et la vision d'Innocent IIT étaient connues, agréa sans difficulté une supplique qui était pourtant une innovation, et il confia à l'évêque d'Ostie le titre et la charge de Cardinal protecteur de l'Ordre des Frères Mineurs.
Le cardinal Hugolin! Arrétons-nous un instant devant la
majestueuse figure de ce vieillard. Il nous appartient à toutes sortes de titres, puisque, au dire de Bernard de Besse(3), il fut non seulement l'ami personnel du Patriarche d'Assise, mais son conseiller intime dans la rédaction de ses trois Règles, et l'intrépide défenseur de ses Frères contre des attaques sans cesse renouvelées.
De l'illustre maison des comtes de Segni, neveu d'Innocent III, homme d'un grand esprit et d'un cœur plus grand encore, docteur, jurisconsulte, orateur, il réunissait en sa personne toutes les qualités qui font les grands hommes. Dès qu'il eut pénétré dans l'âme de François, il s'établit entre eux une amitié qui, pour le charme des relations comme pour la distance des rangs, rappelle celle de David et de Jonathas (4). Cette intimité tournait au profit spirituel de l'un et de l'autre. Le Cardinal attestait lui-même que
(1) Anecd. histor., p. 215 et #09.
(2) Boxav., c. xu1.
(3) De laudibus B. Fr.
(#) Tu. DE CELANO, Vita prima, p. 1, c. xxvir.
quelles que fussent ses angoisses d'esprit, elles se dissipaient en présence du Saint. Aussi l’aimait-il tendrement, et quand ils étaient seuls, c'était le prince de l'Église qui baisait la main du diacre (1). Étendant son estime à tous les enfants du saint Patriarche, il se plaisait non seulement à favoriser l'extension de leur institut, mais encore à visiter leurs monastères et à partager leur vie pénitente. « Que de fois ne l’a-t-on pas vu déposer les insignes de sa dignité, revêtir la robe de bure des Religieux, suivre pieds nus leurs exercices et leur parler de Dieu! De son côté, François avait pour lui tous les sentiments de la plus vive piété filiale, et il se reposait sur lui de toutes les sollicitudes temporelles, comme l'enfant se repose en paix sur le sein de sa mère (2).»
Ayant su par révélation que ce vieillard monterait un jour sur le trône pontifical, il redoubla de respect et de vénération pour lui. En tête des lettres qu'il lui écrivait, il avait coutume de mettre : « Au seigneur Hupgolin, chef et pasteur suprême de l'Église universelle (3). » Un jour, averti que le Cardinal venait lui rendre visite, il s'enfuit et se cacha dans l'épaisseur d'un bois. Le prélat, ayant fini par découvrir le lieu de sa retraite, lui demanda d'un ton bienveillant la raison de sa fuite. « Mon Seigneur et mon Père, répondit l'humble François, dès que j'ai su que Votre Seigneurie voulait m'honorer de sa visite, moi le plus pauvre et le dernier des hommes, j'ai été couvert de confusion, et me suis trouvé absolument indigne de recevoir un tel honneur. »
Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire une autre anecdote, puisée dans la seconde légende de Thomas
(4) Tu. pe CELANO, Vita prima, p. 2, c. v; et Tres socii, c. xvi. (2) Tu. DE CELaxO, Vita prima, p. 2, c. v.
(3) Zd., ib., p. 2, c. v.