PORTRAIT MORAL DE SAINT FRANÇOIS
Raphaël a saisi et bien rendu, dans sa Madone de Foligno, le caractère mystique du thaumaturge ombrien. Évidemment, ils’est inspiré du portrait tracé par Thomas de Celano. Le Saint est à genoux, les yeux fixés sur la Reine des anges; encore robuste, dans la maturité de l’âge. Sa barbe, noire et peu fournie, est inculte et négligée. Ses traits émaciés portent l'empreinte de la lutte; mais le visage n’est pas de ceux qui ont été troublés par les violentes passions. Il reflète : la bonté et la beauté : la bonté d'un cœur resté toujours jeune, toujours enthousiaste du bien, et la beauté d'une âme tout angélique. C'est dire que dans cette âme brillent à un degré héroïque les dons les plus éminents, toutes les splendeurs de l'ordre moral, toutes les vertus monastiques : l'oubli de soi, la pureté, l'esprit de dévonement et, par-dessus tout, l'amour de Dieu, ce principe vivifiant d'où naissent tous les héroïsmes sublimes, comme le ruisseau naît de sa source et le rayon de son foyer.
Cette charité divine était si brûlante, si généreuse en saint François, que l'Église et les peuples l'ont surnommé « le Séraphin d'Assise ». Il était tout pénétré de Dieu, et, pour ainsi parler, tout transformé en Dieu, comme le charbon qui, jeté dans le feu, en prend l'éclat et la chaleur. C'est cette ardente charité qui le poussait à courir au-devant
des humiliations, à s’anéantir totalement, à rechercher la palme du martyre. C'est elle qui le jetait dans de longues et profondes extases, ou qui lui arrachait des accents enflammés comme ceux-ci : « Je voudrais vous aimer, Seigneur très saint! je voudrais vous aimer. O Dieu d'amour, je vous ai consacré mon cœur et mon corps! Si je pouvais connaître le moyen de faire davantage pour vous, je le ferais, et je le souhaite ardemment. »
Par suite de ces séraphiques ardeurs, sa vie était comme un prélude de cette vie du ciel où toute l'occupation est d'aimer. « Elle montait tout entière et perpétuellement vers Dieu, comme un sacrifice d'agréable odeur. Il immolait son corps par les rigueurs de la pénitence, et son âme par l'ardeur de ses désirs (1). » Il disait à ses disciples : « Soyez tout amour; faites tout par amour. » La charité divine débordait de son cœur ; et de là tant d'actes héroïques, tant de paroles sublimes qui émaillent chaque page de cette histoire. On s'étonnait un jour qu avec un habit aussi pauvre que le sien, il pût supporter les rigueurs de l'hiver. « Ah! s'écria-t-il, si nous sentions au dedans de nous le feu du divin amour, nous n aurions pas de peine à supporter le froid du dehors (2). » Dans une de ses extases, il entendit Notre- Seigneur lui dire : « François, ton amour va jusqu à l'excès, jusqu à la folie ! Tu atteads de moi l'impossible, et jamais personne ne m a demandé les mêmes faveurs que toi. — O Seigneur, mon doux amour! répliqua François, est-ce à vous de me reprocher cet excès, à vous qui, pour l'amour de moi, vous êtes anéanti, avez pris une chair semblable à la nôtre et nous avez aimés jusqu à la folie de la Croix ?»
Il cherchait et poursuivait sans cesse son Bien-Aimé, dont il n’était d’ailleurs séparé que par la muraille de son corps;
(4) Boxav., c. 1x.
(2) Id., c. v.