CHAPITRE XV
et l’encens de leur corolle, les astres du firmament et leur éblouissante lumière, tout prenait une voix pour exalter son Seigneur et Maître. De là son attention aux secrètes harmonies du globe. « Ses heures se passaient quelquefois à louer l'industrie des abeilles, et lui qui manquait de tout leur faisait donner en hiver du miel et du vin, afin qu'elles ne périssent pas de froid (1). »
Il aimait à proposer pour modèle à ses disciples la vigilance des alouettes. Voyant un jour une troupe de ces oiseaux, à la robe grise comme la sienne, s'élever dans les airs en chantant, à mesure qu'ils avaient pris quelques grains sur la terre : « Considérez ces douces créatures, dit-il à ses Frères. Elles nous apprennent à rendre grâces à notre commun Père qui nous donne le pain de chaque jour, à ne manger que pour sa gloire, à mépriser la terre et à nous élever au ciel, où doit être notre conversation. » Les alouettes étaient ses oiseaux de prédilection; il louait en elles leur détachement de la terre, comme il blämait dans les fourmis leur zèle excessif à faire des provisions pour l'hiver.
Un soir, au moment où il allait prendre son repos dans son ermitage de l'Alverne, il entendit le chant d'un rossignol. Tout joyeux et vivement ému, il pria son compagnon de chanter alternativement avec l'oiseau les louanges du Très-Haut. Sur le refus du Frère Léon, qui s'excusa sur sa mauvaise voix, il se mit à répondre lui-même au chantre ailé des bois, et il continua ainsi jusqu à une heure fort avancée de la nuit. S'étant trouvé à bout de force le premier, il fit venir le petit oiseau sur sa main, le caressa doucement, le félicita d'avoir remporté la victoire, et dit au Frère Léon : « Donnons à manger à notre frère le rossignol, car il le mérite mieux que moi. » Le rossignol mangea quel-
(1) Tu. pe CELANO, Vita secunda, p. 3, c. 1.
ques miettes de pain dans la main du séraphique Père, et s'envola avec sa bénédiction (1). | |
Après les oiseaux, le Saint chérissait d'une affection toute particulière les brebis et les agneaux, parce qu'ils lui rappelaient l'Agneau sans tache, immolé sur le Calvaire pour la rédemption des hommes. Rencontrait-il ces bêtes innoffensives, lorsqu'on les menait à la boucherie, il pleurait d'attendrissement, et ne s’en allait pas qu'il ne les eût rachetées de la mort. Apercevant un jour une pauvre petite brebis qui paissait seulette au milieu d'un troupeau de boucs, il dit à ses Frères en poussant un profond soupir : « C'est ainsi que notre doux Sauveur était au milieu des Juifs et des Pharisiens! » Ses compagnons résolurent d'acheter la brebis; mais ils n'avaient pas d'argent et ne possédaient rien au monde que leurs manteaux. Un marchand qui passait s’'émut de leur peine, paya la brebis et la donna à François; le Saint emmena la brebis avec lui et la confia aux soins des religieuses de San Severino (2).
« À Notre-Dame des Anges, on lui fit présent d'une autre brebis, qu'il accepta avec le même bonheur. Il l’avertissait de sc montrer attentive à louer Dieu et à ne jamais offenser les Frères; et celle-ci obéissait fidèlement aux recommandations de son maître. Dès qu'elle entendait les Religieux chanter au chœur, elle accourait d'elle-même à l'église, se rendait à l'autel de la Sainte Vierge et saluait par ses bélements la Mère du véritable Agneau. A la messe, au moment où le prêtre élève la sainte Hostie, elle ployait les genoux et inclinait la tête, comme pour inviter les fidèles à venir adorer leur Créateur et pour reprocher aux incrédules leurs irrévérences envers l'auguste sacrement de nos autels. — Pendant son séjour à Rome en 1222, François menait toujours
(1) BARTUWÉLFMY DE PISE.
(2) Tu. pe CeLaxo, Frta prima, p. À, ce. xxviu.