‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 136 sur 189 · CHAPITRE XV. ù · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. ù

car le bien que renferment ces écrits n'appartient pas au paganisme ni à l'humanité, mais à Dieu seul, auteur et source de tout bien (1). » « Et en effet, s écrie à ce propos Frédéric Ozanam, toutes les littératures sacrées ct profanes sont-elles autre chose que les caractères avec lesquels Dieu écrit son nom dans l'esprit humain, comme il l'écrit dans le ciel avec les étoiles (2)? »

Esprit droit et ami du beau; cœur d'une tendresse exquise, même pour les créatures privées de raison, s'intéressant à ce que les plus chétives d’entre elles eussent la part de bonheur qui leur est propre, la plante son rayon de soleil, l'oiseau son nid et sa couvée; grand amant de la nature, non pour elle-même, mais parce que derrière le voile de la fragile créature, sa foi découvre Celui qui, chaque jour, sème à pleines mains dans l'univers la vie et la fécondité : voilà bien saint François tel que nous le dépeignent ses historiens les plus autorisés, « Virum christianissimum (3) », chrétien en tout, jusque dans les moindres détails, et se servant de la nature comme d'un échelon pour monter jusqu à Dieu.

C'est l'amour qui fait les justes et mesure leur degré de perfection; c'est l'amour qui place les séraphins au sommet des hiérarchies angéliques. Que dire, dès lors, de la sainteté du Séraphin d'Assise? Sainteté éminente; tout intérieure, il est vrai, mais qui rayonne au dehors et dont les reflets sont admirables! A force d'humilité, de larmes et surtout d'amour, il avait pour ainsi dire reconquis l'innocence primordiale et semblait avoir recouvré les privilèges dont jouissaient nos premiers parents au jour de leur création. Il était parfaitement soumis à Dieu ; et la créature infé-

(1) Ta. DE CELaxo, loc. cit.

(2) Ozanau, les Poctes franciscains, p. 55.

(3) Bomv., c. xiv. CF. Tu. pe CELANO, Vita prima, p. 1, c. xx1x.

rieure, à son tour, rentrant pour lui dans l'ordre détruit par le péché, se montrait si docile à sa voix, que pour retrouver une pareille obéissance, il faut remonter jusqu'à l'âge d'or du paradis terrestre. Sans doute, avant lui, plusieurs Saints avaient plus ou moins ressaisi le sceptre tombé des mains d' Adan : les Pères de la Thébaïde étaient servis par les corbeaux; les lions du désert venaient lécher les pieds d'Andronicus et se coucher devant Vite, Modeste et Crescence; saint Gall commandait aux ours des Alpes; saint Colomban, traversant la forêt de Luxeuil, était réjoui par le chant des oiseaux, et voyait les écureuils descendre des arbres pour se poser sur sa main; mais aucun n’a égalé le thaumaturge de l'Ombrie. Cet ancien empire de l'homme avant sa chute, François l'exerçait, non en passant, mais d'une manière permanente; et c'est un fait acquis à l'histoire, qu'il commandait en maître à toute la nature, et que toute la nature lui obéissait comme si elle eût été douée d'intelligence. |

Lorsqu'il sortait du couvent de Notre-Dame des Anges pour parcourir les plaines de l'Ombrie, les animaux saluaient en lui le roi de la création. N'apercevant plus que l'empreinte divine sur cette figure amaigrie, où il n'y avait presque plus rien de terrestre, et n'éprouvant plus dès lors cette horreur instinctive que leur inspirent notre état de déchéance et notre dureté, ils entouraient le Saint pour l’admirer et Le servir. Les lièvres et les lapins se réfugiaient dans les plis de sa robe. Traversait-il un pâturage, les brebis, s'entendant saluer du doux nom de sœurs, levaient la téte et accouraient vers lui, laissant les bergers stupéfaits. Et lui-même, sevré depuis si longtemps des jouissances de la compagnie des hommes, prenait plaisir à ces fètes que lui faisaient les animaux des champs.

Sur les bords du lac de Rieti, un pêcheur lui offrit un

Page 1