‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 137 sur 189 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

oiseau de rivière vivant; François l’accepta de grand cœur, le tint quelque temps dans ses mains, puis les ouvrit pour lui rendre la liberté. Mais l'oiseau ne s'envola point. Alors, le Saint, dans un transport de reconnaissance et d'amour envers Dieu, leva les yeux au ciel et demeura plus d'une heure en extase. Étant revenu à lui, il bénit son frère le petit oiseau, et lui commanda de gagner les plaines de l'air, : pour y chanter les louanges du Créateur ; et aussitôt l'oiseau battit des ailes et s'enfuit dans une joyeuse envolée.

Sur ce même lac, un batelier lui présenta un jour un gros poisson qu'il venait de prendre. François garda quelque temps le poisson entre ses mains, puis le remit à l'eau. Au lien de se sauver, le poisson demeura au même endroit, jouant à fleur d'eau en présence du Saint, comme s'il n'eût pu se séparer de lui. Il ne plongea au fond du lac que sur l’ordre du séraphique Père et après avoir reçu sa bénédiction (1). |

Prêchant dans. le village d'Alviano, et ne pouvant se faire entendre à cause des hirondelles qui avaient leurs nids près de là, François leur dit : « Hirondelles, mes sœurs, vous avez assez parlé. Laissez-moi parler à mon tour. Écoutez la parole de Dieu, et gardez le silence pendant le temps que je prêcherai. » Elles ne dirent plus un seul petit mot, et ne remuërent pas même les ailes. Saint Bonaventure, à qui nous empruntons tous ces détails intéressants, ajoute que, de son temps, un jeune étudiant de Parme, troublé dans son travail par le gazouillement d'une hirondelle, dit à ses condisciples : « Voilà sans doute une de ces babillardes qui troublaient le Bienheureux François dans sa prédication et auxquelles il imposa silence! » Et, se tournant vers l'hirondelle, il lui dit :

(1) Boxav., c. vint.

« Au nom de saint François, je t’ordonne de garder le silence et de venir à moi. » Elle se tut et vint à lui. L'écolier fut tellement surpris de ce prodige, qu’il demeura immobile et ne songea pas à la retenir. L'oiseau s'envola et ne l'importuna plus (1).

Au couvent de Notre-Dame des Anges, une cigale vint ‘à chanter sur un figuier, tout près de la cellule de Francois. Il l'appela; elle accourut aussitôt se placer sur sa main. « Ma sœur la cigale, lui dit-il, chante et loue le Seigneur. » Sur-le-champ, elle se mit à chanter, et elle ne s'arrêta que sur l'ordre du Bienheureux. Elle demeura ainsi pendant huit jours, allant et venant de son figuier à François. Au bout de ce temps, il dit à ses compagnons : « Il y a assez longtemps que notre petite sœur la cigale nous invite à louer Dieu, donnons-lui son congé. » Au même moment, elle se retira, et ne reparut plus (2).

Plus tard, sur le mont Alverne, un faucon dont l'aire était voisine de la grotte du Saint, s’attacha singulièrement à sa personne et s'établit, pour ainsi dire, son veilleur de nuit. Quand venait l'heure des Matines, il ne manquait pas de chanter à la porte de François et de l'éveiller longtemps avant l'aube. Les infirmités du Saint étaient-elles plus grandes? l'intelligent oiseau tardait jusqu'au lever du soleil, et encore ne chantait-il qu à mi-voix (3).

Dans les dernières années de François, pendant qu'il était à Sicnne, un chevalier lui envoya un beau faisan. Dès que la charmante bête eut vu le serviteur de Dieu et entendu sa voix, elle le prit en telle affection qu'elle ne voulut plus se séparer de lui. Plusieurs fois on la porta dans les vignes pour lui rendre sa liberté; elle revenait d'un vol rapide vers

(4) Bonav., c.xur.

(2) 1d., c. vins.

(3) Id., ce. vin.

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