CHAPITRE XV
le séraphique Père. On la donna à un seigneur qui aimait beaucoup saint François et venait souvent le visiter; elle refusa toute nourriture. Rapportée au Bienheureux, elle manifesta sa joie par mille gentillesses et se mit à manger avec appétit (1).
Les bêtes fauves elles-mêmes se sentaient attirées vers l'humble Pénitent d'Assise; elles respectaient en lui un reflet de la puissance primitive d'Adam et de l'idéale beauté du Créateur, et en sa présence elles perdaient leur férocité. On se souvient de la « conversion du loup de Gubbio ». Mais combien d'autres exemples du même genre! Un jour que le saint Patriarche se rendait de Cotanello à Greccio, il promit à son guide que les loups qui infestaient la montagne ne lui feraient aucun mal. Rassuré par cette promesse, le paysan conduisit le Saint jusqu'à Greccio; à son retour, au moment où il s'engageait dans les gorges de la montagne, deux loups débouchèrent de la forêt, s'approchèrent de lui, lui léchèrent les pieds et l'accompagnèrent jusqu'à son logis, comme font les chiens pour leurs maîtres. — « Les habitants de Greccio, ayant appris l'arrivée du célèbre thaumaturge, vinrent le supplier avec larmes de les délivrer du double fléau qui les désolait, les loups et la grêle. Touché de compassion, François leur dit : « A l'honneur et à la gloire du Dieu tout-puissant, je vous promets que si vous faites de dignes fruits de pénitence, ces calamités disparaitront. Mais, je vous le prédis en même temps, si vous payez d'ingratitude les bienfaits de Dieu, si vous imitez le chien qui retourne à son vomissement, l'Éternel sévira contre vous et doublera le châtiment. » Les habitants de Greccio s engagèrent publiquement à faire pénitence, et le Ciel se chargea d'exécuter l'autre partie du contrat. Tant qu'ils
(4) Boxav., loc. cit. Tu, DE CELAxO, Vita secunda, p. 3, c. cini-cvn.
demeurèrent fidèles à leur promesse, ni les loups ne déciméèrent leurs troupeaux, ni la grêle ne dévasta leurs moissons (1). |
Tel cest l'ensemble des qualités, des vertus et des privilèges de saint François, ensemble si harmonieux, si ravissant, si élevé au-dessus de toute beauté terrestre, que cette figure séraphique n'a point d'égale dans l'histoire des siècles, et que les grands maîtres de la peinture l'ont regardée comme le type de l’homme régénéré. A six siècles de distance, elle a encore le don de nous émouvoir, de nous enthousiasmer, de nous ravir; et quand nous cherchons à traduire nos sentiments d'admiration, nous sommes obligés d'emprunter nos expressions au Prophète royal et de nous écrier avec lui : « Mirabilis Deus in Sanctis suis : Dieu est admirable dans ses Saints », qui sont le chef-d'œuvre de sa grâce et l'idéal de la nature humaine guérie par le sang rédempteur de la Victime du Calvaire. :
(1) Tu. ne CEraxo, Vita secunda, p. 2, c. v; et Boxav., c. vin.
——— XVIIL,
Invention du corps de saint François. (Médaille frappéc sous Pie VIL.)