‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 155 sur 189 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

son tour Thomas de Celano. « Le zèle de François ne connaissait point de limites : il embrassait tout l'univers, et le Saint eût voulu porter en tout lieu le flambeau de l'Évangile. Ouvrier infatigable, on le voyait quelquefois, malgré son extrême faiblesse, parcourir en un seul jour cinq ou six des petites villes de l'Ombrie : tant son corps était soumis à sa raison, et sa raison à Dieu! tant la vertu était devenue pour lui une seconde nature (1)! » Il parlait peu, sans doute; mais l'accent de sa voix, ses pressants appels et la vue des sacrés stigmates imprimés sur sa chair n’étaientils pas pour tous la plus émouvante des prédications ? Ainsi passait-il au milieu des populations, image saisissante du Dieu crucifié qu'il prêchait, apôtre jusqu'à la dernière heure, vase d'élection répandant plus que jamais autour de lui, et toujours à son insu, une odeur de vie qui donnait la vie, un parfum semblable aux vapeurs de l'encens dans les jours d'été. Excursions fructueuses, quoique de bien courte durée. Un des faits qui remplissent cette période de son existence mérite d'être signalé à cause de son importance historique. Il s'agit de la guérison d'un enfant destiné à une grande célébrité.

Selon toutes les probabilités, saint Francois traversait la Toscane et passait par Bagnorea, en 1225, lorsqu on lui présenta un petit enfant dont on n'attendait plus que le dernier soupir. Sans espoir du côté des hommes, les parents, Jean de Fidanza et Maria Ritelli, tous deux illustres par leur noblesse et plus encore, par leur piété, tournèrent un regard plein de foi vers le ciel. Ils eurent recours à l'intercession de ce François d'Assise que toute l'Italie invoquait déjà comme un Saint, et dona Maria fit vœu de donner son petit Jean, s'il revenait à la santé, à l'Ordre des

(4) Tu. pe CEcsno, Vita prima, p. 2, c. 1v.

Frères Mineurs. Notre Saint, touché des larmes de la mère, se mit en prière et lui rendit son fils parfaitement guéri.

Saint Bonaventure rappelle lui-même ce miracle dans la préface de sa Légende. « Je craindrais, écrit-il, d'être taxé d'ingratitude, si je ne publiais la vie et les vertus de celui qui m'a arraché dans mon enfance aux portes de la mort. » A la vue du charme angélique répandu sur le visage de l'enfant et des hautes destinées que Dieu lui réservait dans l'Église, François s'écria comme s’il eût trouvé le trésor qu'il cherchait : « O buona ventura ! O la bonne rencontre! . Buonaventura, Bonaventure, ce scra le nom sous lequel le fils de Jean de Fidanza sera connu du monde entier et qu'il illustrera comme cardinal évêque d'Albano, comme docteur, comme saint.

Après avoir constaté le miracle, admirons les merveilleux desseins de la Providence en cette rencontre. François et Bonaventure, que de gloire en ces deux noms! L'un est le fondateur des trois Ordres de la Pénitence ; l'autre en sera le . restaurateur et comme le second père. Le saint Patriarche a restauré l'Église, qui tombait en ruine; le Docteur séraphique en sera la lumière. Ils ont chacun leur mission et leurs vertus spéciales; mais tous deux appartiennent à la famille des âmes séraphiques; tous deux brillent d'un éclat immortel au firmament invisible des élus. Et de ces deux astres, l’un était alors à son aurore, et l’autre sur son déclin.

François, en effet, succombait sous le poids des labeurs apostoliques, auxquels s'ajoutaient de cruelles infirmités. Trois maladies implacables, une ophtalmie, une hépatite, une gastralgie, dont il ressentait depuis longtemps les premières atteintes, s'appesantirent à la fois sur lui et le condamnèrent à un repos absolu. Il revint à Assise pour souffrir. Sous les étreintes du mal, son pauvre corps fut bientôt

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