‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 26 sur 189 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Il se rendit à l'hôpital des lépreux, les fit tous assembler et leur remit à chacun une aumône, en leur baisant la main. a En ce moment-là, ajoutent les trois compagnons, il se sentit remué jusqu'au fond des entrailles et transformé en un autre homme (1). » C'est, du reste, ce quil affirme luimême dans son testament, en tête duquel il écrit les lignes suivantes : « Voici comment le Seigneur me fit la grâce de commencer à faire pénitence. Lorsque j étais dans ma vie de péché, le seul aspect des lépreux soulevait dans tout mon être une répugnance invincible. Mais le Seigneur me conduisit vers eux, et j'exerçai la charité à leur égard; et quand je me retirai, ce qui m'avait paru amer se changea pour moi en douceur pour l'âme et pour le corps (2). »

Baiser la main d'un lépreux! Cet acte, répété dix fois, vingt fois, avec la même aisance, sans affectation, sans forfanterie, nous en dit long sur le courage de celui qui en était capable. Quand on triomphe ainsi de soi-même, on est maître de l'univers.

Pourtant, l'héroïque jeune homme n'avait pas encore quitté le monde, et sa marche était gênée par les intérêts et les préoccupations de la terre. Mais l'année suivante (1207), lorsqu'il eut fait devant l'évêque d'Assise l'abandon public, absolu, de son patrimoine, il donna un libre essor à ses désirs de sacrifice et de dévouement. Nous avons vu qu'en sortant du palais épiscopal, il s'était rendu à Gubbio. Dans cette ville, il ne se contenta pas de visiter les léproseries ; il fit ses délices, selon la remarque du Docteur séraphique, d'habiter ces hôtels de la douleur, soignant les corps dont il nettoyait les plaies purulentes, et les âmes dont il consolait les longs désespoirs. On ne saurait dire combien il aimait ses malades. Jamais il ne les quittait sans leur avoir adressé une de ces

(1) Tres socii, c. 1v.

(2) Jbid., loc. cit.; et Testam. S. Fr.

paroles du cœur qui sont plus douces que tous les secours. C'est ainsi quil se préparait à devenir le médecin des âmes (1). Le Très-Haut récompensa cette charité par le don des miracles. Voici le premier et peut-être le plus éclatant de ces prodiges. Il est tiré du même biographe, qui déclare l'avoir choisi entre cent autres du même genre.

« Un habitant du duché de Spolète était atteint d'un affreux cancer qui lui rongeait la bouche et les joues. En vain il avait eu recours à l'habileté des médecins; en vain il était allé à Rome prier sur le tombeau des Apôtres : la plaie augmentait de jour en jour. Ayant entendu parler de Francois, il vient trouver le serviteur de Dieu. 11 veut se prosterner à ses pieds, mais François l'en empêche, le serre dans ses bras et le baise au visage. O prodige! l'horrible mal disparaît sous les lèvres du Saint, et la guérison si longtemps demandée est enfin obtenue. En vérité, s'écrie le narrateur ému, je ne sais ce qu'on doit le plus admirer, d’un tel baiser ou d'une telle guérison (2). »

La dévotion aux lépreux, une dévotion tendre, héroïque : tel est donc le cachet distinctif de la conversion de Francois; il le gardera toute sa vie et l'étendra à tout son Ordre. Disons-le tout de suite ici, son exemple franchira les grilles du cloître et les limites de l'Ombrie, se répandra au loin comme un parfum de suave odeur, et ranimera la ferveur, même au milieu du siècle. Une légion d'âmes héroïques se lèvera sur ses pas, et l'on verra les Louis IX de France et les Henri III d'Angleterre, les Élisabeth de Hongrie et les Angèle de Foligno marcher sur ses traces et comme lui se faire un honneur de soigner « les malades du bon Dieu ». |

On croit communément qu'il ne passa guère plus d'un

(4) Boxav., c. 11.

(2) Id., ibid.

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