‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 38 sur 189 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

son épouse. Il demeura quelques années avec elle, et en eut des enfants qui unissaient les traits de leur père à la beauté de leur mère; puis il retourna à son palais. La mère éleva ses enfants avec un grand soin; et quand ils eurent grandi,

Saint Francois devant le pape Innocent IL. (D'après Giotto.)

elle leur parla en ces termes : Mes enfants, vous êtes nés d'un grand roi; allez à sa cour, et il vous recevra avec tous les égards dus à votre naissance. — Les enfants vinrent donc à la cour du roi. Celui-ci, voyant la beauté de leur visage, leur dit : De qui êtes-vous fils? — Nous sommes, répondirent-ils, les enfants de cette [pauvre femme qui

habite au désert. — Aussitôt le roi les embrassa avec tendresse, en leur disant : Ne craignez rien, vous êtes mes fils; et si je nourris mes officiers des mets de ma table, combien n'aurai-je pas plus de soin de vous qui êtes mes enfants!

«a Ce roi, Très Saint Père, c'est Notre-Seigneur Jésus- Christ; cette fille aimable et belle, c'est la Pauvreté, qui, méprisée de tous, se trouvait dans ce monde comme dans un désert. Le Roi des rois, descendant des hauteurs du ciel et venant sur la terre, eut pour elle tant d'amour qu'il l'épousa dans la crèche. Il en eut plusieurs enfants dans le cours des siècles : les apôtres, les anachorètes, les cénobites, et enfin, dans les temps malheureux que nous traversons, votre petit serviteur et ses disciples. Et lui-même m'a donné l'assurance qu il pourvoirait à notre subsistance comme il a pourvu à celle de nos frères aînés ; et il m'a dit : Si je nourris les mercenaires et jusqu'aux ennemis de mon nom, à plus forte raison prendrai-je soin de ceux qui sont mes fils et mes héritiers! Et si je fais luire mon soleil même pour les pécheurs et leur distribue les biens de la terre, à plus forte raison donnerai-je le pain de chaque jour à ceux qui font vœu de suivre les conseils de l'Évangile (1). »

« Ah! véritablement, voilà l'homme qui soutiendra l'Église de Dieu par sa doctrine et par ses œuvres! » s'écria le Pape, faisant allusion à une vision qu'il avait eue quelques jours auparavaut, et quil prit plaisir à raconter en présence des cardinaux. « Il me semblait, dit-il, que la basilique de Saint- Jean de Latran chancelait sur ses bases, et je m'efforçais vainement d'en conjurer la chute, lorsqu'un homme pauvre et chétif s'avança et la soutint de ses épaules. » Alors il embrassa François avec effusion, et, sans plus délibérer, il approuva de vive voix, dans toute sa teneur, la Règle qui

(1) Tres socti, ce. x.

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