CHAPITRE IV
lui était présentée. De plus, en vertu de la plénitude de l'autorité apostolique, il établit le jeune fondateur supérieur général de la congrégation naissante, chargea le cardinal Jean de Saint-Paul de lui conférer, à lui et à ses onze compagnons, la tonsure, afin qu'ils pussent jouir des privilèges des clercs, les reçut à la profession religieuse et leur adressa
Saint Pierre apparait à Innocent III et lui montre saint Francois soutenant l'église de Latran. (D'après Giotto.)
ces paroles encourageantes : « Allez, prêchez partout librement la pénitence, selon que le Seigneur lui-même vous l'inspirera; et quand votre petite société aura grandi, vous reviendrez, et nous vous accorderons volontiers de plus grandes faveurs. » Puis, leur ayant donné la bénédiction apostolique, il les congédia (1).
(4) Tres socii, c. xu1.
Nos pieux pèlerins étaient au comble de leurs vœux. La sanction pontificale, n'était-ce pas l'approbation, par le plus haut tribunal qu'il y ait au monde, de la pauvreté absolue qu'ils avaient embrassée? La bénédiction ‘apostolique, n'était-ce pas la rosée du ciel tombant sur leur œuvre pour y semer la vie et la fécondité? Aussi leur premier soin fut-il d'aller se prosterner en action de grâces sur le tombeau des Apôtres. Ils quittèrent ensuite la Ville éternelle, emportant dans leur cœur d'immenses consolations et des espérances plus grandes encore, et jurant un dévouement sans bornes et pour jamais au Vicaire de Jésus-Christ.
Saint Bonaventure raconte un trait charmant qui signala leur retour. Un soir, après une longue journée de marche, épuisés de fatigue, les Frères s’assirent au bord du chemin; la faim les pressait, mais ils étaient sans vivres et loin de toute habitation. La Providence ne leur fit point défaut : un beau jeune homme leur apparut tout à coup, déposa près d'eux un pain blanc, et disparut. Les Frères mangèrent, et la vertu de ce pain céleste répara les forces de leur corps, pendant que la pensée de la délicate attention de la Providence pour ses pauvres volontaires inondait leur âme d'une indicible allégresse (1). Le lendemain, ils s'arrétèrent en face d'Orte, à la jonction du Tibre et de la Nera, dans un joli vallon qu abrite le mont Cimino. L'hérésie des Patarins infectait cette contrée, d'Orte à Orvieto. Nos missionnaires eurent la joie de faire rentrer dans le bercail de l'Église un grand nombre de ces brebis égarées (2). Au milieu de ces travaux, ils agitèrent résolument une question qui, dès le principe, s'était posée devant eux : devaient-ils vivre en crmites ou en apôtres, dans la solitude ou bien au sein des
(1) Boxav., ec. 1v.
(2) « Hic Patarinorum multos scduxerat error; — Scd Christi Franciscus oves ad ovile reducit. » (Poema, c. Lxxxvin.)