‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 40 sur 189 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

villes? François, après avoir prié, se prononça pour le second parti, « parce que, disait-il, notre mission est de regagner à Dieu l'âme des pécheurs (1) ». Ils quittèrent donc, au bout d'une quinzaine de jours, ce climat d’ailleurs trop énervant, remontèrent le cours du Tibre, et vinrent se fixer dans une masure peu distante des murs d'Assise, sur la route de Foligno à Pérouse, au bord d'un torrent fameux

Saint Francois propose à ses premiers compagnons la croix, comme le livre qui renferme toute la science du salut. (D'après Sermei.)

qui descend du mont Soubase et qu'on nomme le Rivo-Torto (Ruisseau tortueux). Suivons-les dans cette solitude.

La cabane était si étroite et si délabrée, qu'ils avaient à peine assez de place pour s'y asseoir, et que François fut obligé d'écrire sur les poutres le nom de chaque Frère, afin qu'ils pussent plus commodément se livrer à leur attrait pour l'oraison. Ils y vivaient d'aumônes et du produit de leur travail; quelquefois ils étaient réduits à se nourrir de

(1) Tu. pe CELaxo, Vita prima, p. 1, c. xiv.

racines. N'importe! Ils gardaient un visage joyeux au milieu de ces privations qui effrayent notre délicatesse, et trouvaient’plus de douceur dans les larmes de la pénitence que les mondains n’en trouvent au sein de leurs délices et de leur félicité d'un jour. N'ayant point encore de bréviaires pour réciter l'office, ils s'assemblaient autour d'une croix de bois qui leur tenait lieu de livre; et là, assis sur un banc de pierre, ils écoutaient la parole enflammée du saint fondateur ou méditaient en silence sur la Passion de l'Homme- Dieu (1).

Trois faits principaux se rattachent à ces temps héroïques de Rivo-Torto. Le premier est un miracle où l'on admire l'opportunité de l'intervention divine, et dont la haute portée n'échappera à personne. Si dociles que fussent les disciples à la voix du fils de Bernardone, un doute aurait pu se glisser dans leur esprit sur l'étroitesse et l'étrangeté de la voie où il les entrainait. Dieu prévint le doute par un prodige. François, devant prêcher un dimanche matin dans l'église cathédrale d'Assise, monta dès la veille au palais épiscopal, et se retira le soir sous un appentis dans le jardin des chanoines, pour y vaquer à l'oraison; car il avait la pieuse habitude de passer la nuit en prières. Or, vers minuit, un char de feu sur lequel était un globe de lumière aussi resplendissant que le soleil, pénétra dans le réduit des Frères à Rivo-Torto, et en fit trois fois le tour. On ne saurait dépeindre leur étonnement à la vue de ce char de feu; leur admiration s'accrut encore, quand ils se virent éclairés au dedans comme au dehors, et que chacun put lire dans la conscicnce de ses compagnons comme dans un livre ouvert. Il était impossible de s'y méprendre, ce char de feu, ce globe de lumière, cet Élie du Nouveau Testament, c'était

(1) Tu. pe CELAxO, Vita prima, p. 1, ce. xvi.

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