CHAPITRE V
Jean de Capella, pour n'y pas voir un secret dessein de la Providence. À l'instant mème, et d'un commun accord, il fut résolu que Frère Guillaume prendrait parmi les douze la place du sixième compagnon, comme autrefois Mathias avait pris la place du disciple infidèle, Ainsi s'ajoutait un nouveau trait de ressemblance entre la fondation du nouvel Ordre et celle du collège apostolique.
Les disciples de la deuxième heure — ceux qui viennent immédiatement après les douze premiers compagnons — forment également un groupe à part, nombreux, compact, Dans ce groupe, quatre figures en relief : ce sont les Frères Léon, Rufin, Masseo et Junipéère, restés plus populaires, par ce motif qu'ils vécurent davantage de la vie du saint fondateur. Juuipère, célèbre par sou amour pour les humilintions, et dont un mot piquant de Francois nous laisse deviner toutes les perfections : « Plût au ciel que nous eussions un bois de pareils genévriers (D)!» Masseo Marignani (2), en qui s'unissaient harmonicusement une diction concise, une incomparable suavité pour parler de Dieu, et de plus une si parfaite obéissance, qu'il remplissait volontiers les plus vils offices du couvent. Rufin, issu d'une noble famille d'Assise et cousin de sainte Claire; fleur séraphique dont les parfums véjouissaient l'Église de Dieu; nature d'élite dont le saint Patriarche disait : « Le Seigneur nr'a révélé que c'est une des âmes les plus fidèles et les plus pures qu'il y ait au monde, et même je n'hésiterais pas à lni donner dès cette vie le titre de saint, puisqu'il.est déjà canouisé là-haut, » Enfin, Léon de Viterbe, l'angélique Frère Léon, celui que saint Frauçois appelait, à raison méme de sa candeur, la petite brebis du bon Dieu, la pecorella di Dio, esprit lim-
(1) Juniperus, penévricr.
(2) Graconkeur (Vie des Saints de l'Ombrie, 17 novombre) prétend que Marignani était le nom patronymique de Mnssco.
pide et paisible comme ces lacs inconnus qui sont perdus dans les montagnes des Alpes et où se mirent en silence toutes les splendeurs du firmament; âme naïve et pure, et par conséquent heureuse ; car n’est-il pas écrit dans l'Évangile : « Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils verront Dieu! » |
Léon tient une place à part dans l'histoire des Frères Mineurs. Compatriote, secrétaire et confesseur du Saint, confident intime auquel le séraphique Patriarche ouvrait tous les trésors de son âme, il fut, qu'on nous permette cette expression, le saint Jean du Collège séraphique, et mérita, après avoir été si étroitement uni à notre Saint pendant les jours de son pèlerinage terrestre, de n'être point séparé de lui après sa mort : on déposa ses restes à côté de la tombe du séraphique Père.
Le maître et le disciple avaient ensemble des conversations toutes célestes, dont quelques-unes, celles qui captivaient davantage l'imagination jeune et ardente de ces temps, ont échappé à l'oubli. Transmises de vive voix par la première génération, elles ont été recueillies par l’auteur anonyme des Fioretti, qui a su en composer un bouquet d'une fraîcheur exquise. Ne cherchons point les preuves de leur authenticité. Ce sont des fleurs, fleurs de poésie, fleurs embaumées qui trahissent leur saison, c'est-à-dire le printemps de l'institution séraphique. Nous en cueillerons deux : la Joie parfaite et le Bréviaire de saint François, pour les offrir à nos lecteurs.
Par une froide journée d'hiver, François et le Frère Léon se rendaient de Pérouse à Notre-Dame des Anges ; le Frère Léon marchait un peu en avant, absorbé dans sa méditation. Saint François l'appela : « Frère Léon, lui dit-il, plaise au ciel que les Frères Mineurs donnent à toute la terre un grand exemple de sainteté! Néanmoins, chère