CHAPITRE VII
qu à la Portioncule un ange lui purifia les lèvres avec un charbon ardent (1). Il voulut que cette nouvelle famille reposât, comme son aînée, sur le roc inébranlable de cette absolue pauvreté qu'il aimait tant. Des exhortations qu'il leur adressait à ce sujet, il ne nous reste qu'une lettre, aussi expressive que laconique, que nous enchâssons avec bonheur dans notre récit : « Moi, votre tout petit frère François, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre très haut Seigneur Jésus et de sa très sainte Mère, et y persévérer jusqu'à la fin. Je vous prie aussi, vous toutes que je considère comme mes Dames, et je vous conjure instamment de vous conformer toujours à cette vie et à cette glorieuse pauvreté. Gardez-vous bien de vous en écarter jamais et d'écouter là-dessus des maximes et des conseils contraires (2). » La vierge séraphique était digne d'entendre un si noble langage. « Venez, disait-elle gracieusement à ses filles après la lecture de cette lettre, venez comme des colombes vous abriter dans le petit nid de la sainte pauvreté. » Elle ne se montra pas moins jalouse que le saint Patriarche d'observer ce vœu, qui confond la sagesse humaine, de renoncer à perpétuité pour elle et pour son Ordre à toute propriété; et l'on sait avec quelle invincible fermeté elle résista, plutôt que d'y contrevenir, aux pressantes sollicitations des Souverains Pontifes eux-mêmes. Grégoire IX alla un jour jusqu à la presser d'accepter quelques possessions pour son Ordre, à cause du malheur des temps. « Si c'est votre vœu qui vous arrête, ajouta-t-il, nous vous en délierons. — Saint Père, répondit-elle, je serais heureuse d'être délivrée de mes péchés, mais je ne veux pas d'une absolution qui me dispenserait de suivre les conseils évangéliques (3).» Enfin, à
(1) Chronique des vingt-quatre generaux.
(2) Œuvres de saint François d'Assise, p. 1, ép. v: et Testam. S. Fr. (3) Acta SS., Vie de sainte Claire, 12 août, p. 798.
force d'instances, elle obtint d'Innocent IV le privilège de la pauvreté perpétuelle, le seul qu'on n'ait jamais sollicité en cour de Rome. Le temps a consacré ce privilège par une sorte de miracle permanent. Voilà six siècles que les filles de sainte Claire s'abandonnent totalement aux soins de la Providence; et, depuis six siècles, la Providence veille avec une tendre sollicitude aux besoins des pauvres recluses.
Leur institut a grandi parallèlement à celui des Frères Mineurs, et il a subi les mêmes vicissitudes. Nous les voyons s'établir en France, du vivant de sainte Claire, qui en 1240 envoie un essaim de ses religieuses à Béziers. En 1254, Marseille les appelle à son tour. L'année suivante, le saint roi Louis IX bâtit pour elles à Longchamps un célèbre monastère, où sa sœur, la Bienheureuse Isabelle, prend le voile et fait profession, préférant au trône impérial qu'on lui offrait les austérités et l'humilité du cloître, et apprenant ainsi à ses contemporains que toutes les fêtes et délices de la terre s effacent devant l'unique bonheur de cette vie, qui est d'aimer Dieu et de s immoler pour lui. L'exemple de cette princesse donna une grande impulsion à l'Ordre dans tout le royaume.
Au quinzième siècle, l'institut des Clarisses fut réformé, ou plutôt ramené à sa ferveur primitive, par une Française, sainte Colette de Corbie. Aujourd'hui, ses monastères s'élèvent dans toutes les contrées soumises à l'Évangile, et il offre toujours un asile aux âmes avides de sacrifices et d'immolation, en même temps qu'un grand exemple de foi à une génération tout imbue de matérialisme.
« Chaque jour, parmi nous et partout, des filles de grande maison et de grand cœur, et d'autres d'un cœur plus grand que leur fortune, se donnent dès le matin de la vie à un Époux immortel. C'est la fleur du genre humain, fleur encore chargée de sa goutte de rosée, qui n’a encore réfléchi que le