‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 72 sur 189 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

pressante exhortation à servir Dieu fidèlement. Il termine la seconde par un tableau saisissant de la mort de l'impie qui a prospéré sur la terre. « Malheur à ceux qui ne font pas pénitence et qui suivent les désirs de la nature corrompue! Ils courent sciemment à leur perte. Ouvrez donc enfin les yeux, Ô pécheurs, aveugles volontaires qui les fermez à la lumière de l'Évangile! Comprenez que vous êtes le Jouet de Satan, cet éternel ennemi de Dieu et des hommes! Vous vous imaginez posséder longtemps les biens éphémères de ce monde; et l'heure approche où vous en serez dépouillés, heure fatale, que vous ignorez, et à laquelle vous ne pensez pas! Voyez ce riche de la terre qui va mourir. Son épouse et ses enfants éplorés entourent son lit; et lui-même, tout ému, leur lègue sa fortune avec ses derniers souvenirs. On fait venir un prêtre qui exige la restitution des richesses injustement acquises. — Restituer! C'est impossible, s’écrie le moribond. Ce scrait la ruine de ma famille! — Cependant le malade s’affaisse ; il perd l'usage de la parole, et il expire dans la haine de Dieu. Aussitôt les démons s'emparent de son âme pour la torturer, pendant que les vers rongent sa chair et que ses proches se disputent ses trésors, tout en maudissant sa mémoire. Et c'est ainsi que ce misérable, pour s'être laissé séduire par les vains appas du monde, aura perdu son corps et son âme pour l'éternité (1)!»

Ces deux épitres, répandues à profusion et accueillies avec avidité, franchirent les Alpes et allèrent au loin ranimer la foi et la ferveur.

S'étant senti un peu mieux au retour du printemps, le vaillant apôtre forma le projet de pénétrer jusque dans l'empire musulman du Maroc. Ayant confié le gouvernement de son Ordre à Pierre Cattani, il partit avec Bernard

(1) Œuvres de saint François d'Assise, p. {, ép. 1et ut.

de Quintavalle et quelques autres Frères. Ce voyage ne fut qu'une série continuelle de miracles, de succès apostoliques et de fondations de couvents, avec mille incidents divers dont nous relaterons les principaux.

A Terni, dans les États pontificaux, l'évêque, après avoir entendu prêcher le Saint, monta en chaire et dit au peuple : « Le Scigneur a souvent éclairé son Église par des docteurs et des savants; aujourd'hui, il vous envoie ce François d'Assise, homme pauvre, sans lettres, à l'air méprisable, afin de vous édifier par ses paroles et par ses exemples. Moins il est savant, plus on voit éclater en lui la puissance de Dieu, qui choisit ce qui est insensé selon le monde pour confondre la sagesse humaine. » Le compliment eût paru étrange à tout autre; François en fut ravi; il alla se jeter aux genoux du prélat, lui baisa la main et lui dit : « Merci d'avoir si sagement distingué le précieux d'avec le vil, le digne d'avec l'indigne, le saint d'avec le pécheur, en rapportant, comme il convient, toute gloire à Dieu seul et non à moi, qui ne suis qu un homme chétif et misérable.» L'évêque, encore plus charmé de son humilité que de sa prédication, l'embrassa tendrement (1).

Dans cette même ville de Terni, le Bienheureux opéra plusieurs miracles dont voici le plus éclatant. On lui apporta un jeune homme qui venait d'être écrasé par la chute d'une muraille ; François se mit en prière, s'étendit sur le cadavre, comme autrefois le prophète Élisée sur le fils de la Sunamite, le ressuscita et le rendit à sa mère, en présence de la foule émerveillée.

À Imola, le zèle de l'apôtre fut un instant arrêté par une épreuve d'où le fit sortir son caractère aimable et enjoué. Comme il demandait à l'évêque la permission de prêcher

(4) Tu. DE CELaxo, Vita sccunda, p. 3, c. Lxxx.

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