‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 73 sur 189 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

à son peuple : « Je prêche, répondit sèchement le prélat, et cela suffit.» L’humble missionnaire baissa la tête et se retira sans répliquer; mais, une heure après, il revint se présenter devant l'évêque, qui, surpris de le revoir, lui demanda ce qu'il désirait encore. « Seigneur évêque, répliqua le Saint, quand un père chasse son fils par une porte, il faut que le fils rentre par une autre.» Le prélat, vaincu par tant de confiance et d'humilité, lui dit en le serrant sur son cœur : « Désormais, toi et tes Frères, prêchez dans mon diocèse (1). n

Est-ce par terre, est-ce par mer que les deux messagers de la bonne nouvelle effectuèrent le reste de leur voyage? À vrai dire, nous n'avons pas de documents contemporains qui tranchent la question; mais, à leur défaut, certains monuments postérieurs et une constante tradition nous autorisent à croire, avec Wadding, quils suivirent la route des Alpes, traversèrent Gap, Avignon, Lunel et les pays récemment soumis à la domination de Simon de Montfort, et pénétrérent en Espagne par les défilés de la Navarre. Quoi qu'il en soit, ils se rendirent directement à la cour d’Alphonse IX, père de Blanche de Castille. Alphonse IX était ce héros, ce nouveau Charles-Martel qui, dans la célèbre journée de las Navas de Tolosa (16 juillet 1212), avait sauvé l'Europe de l'irruption de quatre cent mille musulmans. Sachant qu'en Espagne l'œuvre de l’affranchissement national était inséparable de l'unité de religion, il accueillit notre Saint avec bienveillance, et lui permit volontiers d'établir une maison de son Ordre dans la Castille.

Avant de passer chez les Maures, François alla s’agenouiller sur les dalles du célèbre sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle. Là, d'après la Chronique des vingt-quatre

(4) Tu. De Cecano, Vita secunda, p. 3, c. Lxxxv.

généraux, il eut une vision qui modifia ses projets. Nôtre- Seigneur lui ordonna de retourner en Italie pour étendre, affermir et défendre son institut, encore si près de son berceau. L'humble missionnaire n'hésita point : renonçant à cette évangélisation des Maures qui avait souri à son zèle, “il reprit le chemin de la patrie, avec. cette promptitude, cet esprit d'abnégation et ce joyeux abandon à la Providence qui caractérisent toutes ses démarches. |

Il ne fit qu'apparaître à Guimaraëns en Portugal, où il ressuscita la fille de son hôte, et remonta vers les Pyrénées par Avila, Madrid, Tudela et Barcelone. Nous constatons ici avec bonheur qu'une foule de monuments attestent encore de nos jours son passage dans la catholique Espagne, et que cette contrée a conservé mieux que toute autre le souvenir de ses vertus et de son apostolat.

l‘rançois s'arrêta quelque temps à Perpignan. A Montpellier, il annonça qu on bâtirait un couvent de son Ordre dans l'hôpital où il était logé : prédiction qui s'accomplit six ans après (1). En traversant le bas Languedoc, il dut entendre parler de la glorieuse journée de Muret, où Simon de Montfort avait écrasé, en 1213, la puissance sociale de l'hérésie, et de cette ville de Toulouse, où saint Dominique, le rosaire à la main, domptait la puissance religieuse de l'hydre albigcoise; mais il ne s'arrêta point dans cette contrée, sans doute parce qu elle était le champ destiné aux fécondes sueurs du fils des Gusman. Enfin, après mille fatigues et d'incroyables succès, notre Saint rentra au couvent de la Portioncule vers la fin de l'année 1214, ou peut-être au commencement de l'année 1215.

Grande fut alors la joie à Notre-Dame des Anges. Les disciples se félicitaient du retour de leur Bienheureux Pere,

(4) Chronique des vingt-quatre generaux,

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