‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 74 sur 189 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et le Saint se réjouissait de retrouver le nombre de ses enfants plus que doublé, et les vertus religieuses en honneur parmi eux. Cependant, un ntiage vint assombrir ce beau ciel : François, ayant remarqué, à côté du monastère de Notre-Dame des Anges, un somptueux bâtiment que Pierre Cattani avait fait élever en son absence, fut vivement peiné de cette infraction à la sainte pauvreté. En vain lui assurat-on que cette maison était uniquement affectée au service des pèlerins, qui affluaient de tous côtés. « Mon Frère, dit-il d'un ton sévère à Pierre Cattani, ce couvent est la règle et le modèle de tout l'Ordre. Je veux que les étrangers, aussi bien que les Frères, souffrent les incommodités de la pauvreté, afin qu'ils puissent dire ailleurs combien on vit pauvrement à Notre-Dame des Anges. » Et il lui enjoignit de démolir l'édifice, tant il était persuadé que la pauvreté est le diamant de la vie religieuse, diamant dont le monde n'apprécie pas la valeur, mais dont l'éclat efface aux yeux de Dieu toutes les richesses de la terre ! Il ne révoqua cet ordre que par déférence pour les consuls, qui lui représentèrent que ce logement appartenait à la commune, et que le supprimer, ce serait porter atteinte aux devoirs les plus impérieux de l'hospitalité (1).

À ces difficultés d'intérieur succédèrent des préoccupations plus graves encore, causées par les événements du dehors. L'institution franciscaine traversait en ce moment une crise que toutes les œuvres saintes sont condamnées à subir à leur berceau. Plus elle était florissante et bénie des peuples, plus elle avait le don d’exciter la malveillance de certains esprits jaloux, surtout en Allemagne; déjà le vent de la persécution soufflait contre elle. D'ailleurs, il lui manquait une dernière consécration, l'approbation définitive et

(1) Tu. DE CELaxo, Vita secunda, p. 3, c. 111.

solennelle des Souverains Pontifes. Pour toutes ces raisons, François se rendit à Rome.

Les événements contemporains allaient donner du poids à sa démarche. C'était l'heure où le pape Innocent III ouvrait ce quatrième concile de Latran, qui devait si bien couronner son glorieux pontificat et contribuer si puissamment à l'extinction des hérésies, à la réformation des mœurs et au recouvrement de la Terre Sainte.

Le 11 novembre 1215, la basilique de Saint-Jean de Latran renfermait dans ses murs la plus auguste assemblée de l'univers. On y voyait assis soixante-dix primats et métropolitains, quatre cent douze évèques, plus de huit cents abbés et prieurs, ainsi que les ambassadeurs des empereurs et des rois chrétiens, les députés du comte de Montfort, le comte de Toulouse et son fils (1). Au-dessus de tous brillait l'imposante figure d'Innocent III, héritier du génie et continuateur des œuvres de Grégoire VII. Dans ces solennelles assises de la chrétienté, on traita toutes les questions dogmatiques de l'époque pour les résoudre ; on en sonda toutes les plaies pour les guérir. Le Concile s'occupa de l'Orient pour enraycr les progrès de l'istamisme, réforma la discipline monastique et défendit de fonder de nouveaux Ordres religieux, de peur qu'une trop grande diversité de règles et de costumes n’apportât de la confusion dans l'Église. Cependant, par une faveur exceptionnelle, Innocent III dérogea tout de suite au dernier décret. Après avoir solennellement anathématisé les sectes des Vaudois, des Albigeois et leurs fautcurs, il leur opposa les deux milices providentielles que Dieu envoyait au secours de son Église, et déclara devant tous les Pères du Concile qu'il avait déjà approuvé de vive voix en 1209 et qu'il approuvait de nouveau l'Ordre

(1) Histoire de France, par Ed. Demouixs, t. Il, p. 120.

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