‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 9 sur 189 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

laissait plus de liberté d'action; quelquefois même elle prenait sa défense, et quand les amis de la famille faisaient allusion à la vic dissipée de François, elle répondait : « Attendez un peu! Pour moi, j augure bien de lui, et je lui vois jusque dans ses amusements une noblesse de caractère qui me fait concevoir les plus belles espérances pour l'avenir (1). » Qui lui inspirait un langage si hardi? Peut-être la tendresse d’une mère croyant malgré tout à l'âme de son fils et à l'innocence de divertissements couverts par la faveur publique; peut-être aussi le souvenir de la prédiction de l'Ange, planant comme une bénédiction du Ciel sur la vie de cet enfant prédestiné.

Au fond, tous deux l'aimaient tendrement; et tout en regrettant ses prodigalités, ils étaient flattés de ses succès et de la sympathique admiration qu'il éveillait autour de lui.

Nous touchons au moment où François sort de l'adolescence pour entrer dans l’âge toujours si critique de la jeunesse, et où il va être appelé à son tour à prendre sa part de la vie publique. Mais avant de le suivre dans ses triomphes et ses épreuves, arrêtons-nous un instant au seuil de cette nouvelle phase de sa vie, pour contempler cette figure angélique que les peintres ne se lassent pas de reproduire, comme les peuples ne se lassent pas de l'aimer.

Voici le portrait que nous a laissé de lui Thomas de Celano, son disciple et son confident; on y reconnaît le type si fin, si distingué, des populations de l'Ombrie. « Sa taille était au-dessous de la moyenne et bien prise. Il était maigre et d’une complexion fort délicate. Il avait le visage ovale, le front large, les dents blanches et serrées, le teint brun, les cheveux noirs, les traits réguliers, la figure expressive, les

(1) Tres socii, €. 1.

lèvres vermeilles et le sourire charmant. Ses beaux yeux noirs étaient pleins de feu, de douceur et de modestie; la paix, l'innocence et la beauté de son âme se reflétaient sur son visage. À ces avantages extérieurs il Joignait ces qualités qui achèvent de rendre un jeune homme aimable : un esprit enjoué, une imagination vive, un cœur compatissant et généreux. Il savait en toutes choses garder la juste mesure : sévère pour lui-même, indulgent pour les autres; doux et affable, mais en même temps actif, entreprenant et capable de grands desseins : nature souple et pleine de contrastes, d'une courtoisie toute chevaleresque, et d'une droiture de caractère qui ne se démentit jamais (1). »

À un ensemble si parfait de dons naturels et de vertus naissantes s'ajoutait l’ascendant que donnent toujours le talent et la fortune. Aussi, à dix-huit ans, Francois exerçait-il sur ses jeunes compatriotes une sorte d'empire que personne ne songeait à lui disputer. Ils l'avaient mis à leur tête : il était l'âme de leurs réunions, le héros de toutes leurs fêtes, leur chef dans tous les exploits aventureux ; et la foule, qui sourit toujours aux réputations naissantes, l'acclamait sur son passage comme « le roi de la jeunesse (2) ».

Chose étonnante! Pendant cette période de sou existence, qui va de son adolescence à sa conversion et qui ne comprend pas moins de dix années (1196-1206), le fils de Bernardone est mêlé aux agitations de la foule, il respire l’encens des louanges, s enivre des poésies du temps, trempe ses lèvres à la coupe d’or que lui présente le monde et où tant d'autres à ses côtés boivent la mort; il est dans toute la fraîcheur de la jeunesse et recherché de tous. Et cepen-

(4) « Rigidus in se, pius in aliis, discretus in omnibus. » (Tu. DE CELAxO, Vita prima, p. 1, c. xxix.) |

(2) Wannixc, t. I, p. 23.

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