CHAPITRE II
quelque temps de là, un homme de guerre, noble, mais sans fortune et misérablement vêtu, il vit ef il aima en lui la pauvreté du Christ, et avec cet élan spontané qui le caractérise, il se dépouilla de ses riches habits pour l'en revêtir à l'instant (1).
François voit un palais rcuipli d'armes marquées du signe de la croix.
(D'après Giolto.)
« Il avait imité la charité de saint Martin jetant la moitié de son manteau sur les épaules nues du pauvre d'Amiens; il mérita comme lui d'être récompensé d'un acte également
(1) Tu. DE GELiNO, Vita secunda, p. 1, c. ii.
méritoire par im songe prophétique (1). » « La nuit suivante (2) )' , il se trouva tout à coup transporté dans un magnifique palais, rempli d'armes marquées du signe de la croix. «Pour qui ces armes et ce palais? » demanda-t-il tout hors de lui. Une voix lui répondit aussitôt : « Pour toi et tes soldats (3)! » Dès la pointe du jour, il se leva, tout émerveillé de cette vision et plein de confiance dans les promesses du Seigneur; mais, encore novice dans les voies mystérieuses de la grâce, il ne rêvait que hrillantes prouesses et hardis coups de main (4). Les circonstances semblaient, du reste, favoriser ses espérances et ses goûts belliqueux. C'était en 1205. La lutte séculaire entre les Guelfes et les Gibelins venait de se raviver au sud de la péninsule Italique, où Gauthier m, comte de Brienne, surnommé par ses contemporains le gentil comte, c'est-à-dire le courtois et noble comte, revendiquait au nom de sa femme la principauté de Tarente, et au nom d'Innocent III la tutelle du jeune Frédéric II et le royaume de Sicile usurpé par deux aventuriers allemands, Markwald et Thiébaud. Le héros français y continuait avec succès une campagne inaugurée parla prise de Capoue, de Lecce (1201), de Barletta (1202); la victoire, fidèle à son drapeau, donnait une sorte de consécration à ses droits, et dans les provinces du nord aussi bien que dans celles du midi, tous les esprits soucieux de l'honneur national faisaient des voeux pour le triomphe de ses armes. Dès le principe, toutes les sympathies de François avaient été, nous l'avons vu, pour la cause pontificale; en 1205, après la symbolique vision du palais, il résolut d'y apporter un concours actif. La cause de Gauthier n'était-elle pas celle du droit et de la
(1) Tir. DE Celano, Vita secunda, p, 1, c. ii.
(2) BONAV., c. I.
(3) Tu. DE Gelano, Vita secunda, p. 1, c. ii.
(4) Id., ib. — Cf. Vita prima, p 1, c. ii; et Très socii, c. ii.