‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 33 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nous ! Allez donc et faites ce que vous venez d'entendre (1). » C'était, selon la Chronique des vingt-quatre généraux, le 16 avril 1209. Tous deux s'en allèrent, vendirent leurs biens, en donnèrent le prix aux pauvres, puis revinrent trouver le saint fondateur pour ne plus le quitter. Après les avoir revêtus d'une tunique semblable à la sienne, François construisit à la hâte une petite cabane à l'ombre de la Portioncule, pour y vivre avec eux sous le regard de Notre-Dame des Anges (2).

Une semaine ne s'était pas écoulée, qu'un autre habitant d'Assise, nommé Gilles (ou Égide), homme de haute naissance et de grande droiture d'esprit, ayant appris la conversion de ses deux amis, Bernard de Quintavalle et Pierre Cattani, concevait le projet de les imiter. Mais où se trouvait leur asile, il l'ignorait. Dans la matinée du 23 avril, en la fête de saint Georges, après avoir entendu la sainte Messe dans l'église de ce nom, il se mit en chemin, confiant le succès de sa démarche à la bonté de la Providence, et arriva droit à l'humble cabane de la Portioncule. François, qui priait dans un bosquet voisin, vint à sa rencontre. Aussitôt Gilles, se prosternant à ses pieds, le pria très humblement de l'admettre en sa compagnie. « Mon frère, lui répondit le Saint, tu demandes que le Seigneur te reçoive pour son serviteur et son chevalier : ce n'est pas là une petite grâce ! Si l'empereur passait par Assise et qu'il voulût s'y choisir un favori, chacun se dirait : Plaise au ciel que ce soit moi ! A combien plus forte raison ne dois-tu pas bénir le grand Roi du ciel d'avoir jeté son regard sur toi! » Puis, le relevant, il l'embrassa avec effusion, et le présenta à Bernard et à Pierre, en

(i) Très socii, c. vin. — Cf. Bonav., c. m, et Chronique des vingt-quatre généraux.

(2) Très socii, c. ix. — « In eo Minorum Ordo princlpium sumpsit. « (Tii. DE Celano, Vita secunda, p. 1, c. xii.) — Bonav., c. h.

leur disant : « Voici un bon Frère que Dieu nous envoie. » Apr-ès une modeste réfection prise en commun, le saint fondateur, suivi de son nouveau disciple, se dirigea vers Assise dans le dessein de lui procurer une robe de bure. Ils rencontrèrent en chemin une femme qui leur demanda l'aumône. François, se tournant vers Gilles, lui dit avec une expression angélique : « Frère, donne à cette pauvresse, pour l'amour de Dieu, le manteau que tu portes. » Gilles le donna sur-le-champ, et il lui sembla voir cette aumône monter jusqu'au ciel. Le cœur inondé de joie, tous deux poursuivirent leur route, mendièrent dans la ville une étoffe grossière, et revinrent à Notre-Dame des Auges. Gilles reçut l'habit des mains du saint fondateur, et lui abandonna dès lors complètement la conduite de son âme (1).

François, considérant la sainte Pauvreté comme la clef de voûte de son édifice, visa tout d'abord à endurcir le front de ses disciples contre une fausse pudeur. Il les envoya donc à Assise quêter de porte en porte ; ils y reçurentplus d'outrages que d'aumônes, et leurs parents ne furent pas des derniers à les tourner en ridicule. Lui-même alla trouver l'évêque, qui, effrayé de leur genre de vie, lui dit avec bonté : « Il est trop dur, mon fils, de renoncer à toute possession ! — Pour moi, répliqua le serviteur de Dieu, je trouve bien plus fâcheux encore de posséder quelque chose ; car on ne peut conserver son bien sans se créer une foule de soucis, de querelles et de procès; quelquefois même il faut recourir aux armes pour le défendre, et tout cela éteint ordinairement l'amour de Dieu et du prochain. » La réponse plut au digne prélat, qui réitéra aux pauvres du Christ l'assurance de sa paternelle protection (2).

On comprend tout ce qu'exige d'énergie virile, d'esprit d'abnégation, un but si élevé au-dessus des données de la

(1) Chronique des vingt-quatre généraux. — Cf. Très socii, c. xi.

(2) Très socii, c. ix. — Don Guido gouverna l'église d'Assise de 1206 à 1228,

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