BONAV., C. XII
immédiate d’un projet dont le succès pouvait changer la face de l'Orient.
En dehors des faveurs pontificales, la Ville éternelle procura au Patriarche d'Assise deux grandes consolations auxquelles nous avons précédemment fait allusion : d’abord la vocation d’un Anglais, de ce Frère Guillaume qui fut substitué au traître Jean de Capella; ensuite la connaissance d’une dame appartenant à l'une des plus opulentes familles du Mont-Palatin, Giacoma (ou Jacqueline) de Settésoli, veuve de Gratien Frangipani (1). Il se lia avec elle d’une étroite et sainte amitié; et Giacoma, de son côté, fidèle imitatrice du dévouement de Marthe et de Marie-Madeleine, se plut à fournir l’hospitalité au Pénitent d'Assise et à ses frères, toutes les fois qu'ils vinrent à Rome. C'était la femme forte de l’Ecriture, et notre Bienheureux, qui aimait les caractères bien trempés, la désignait habituellement par le nom de « Frère Jacqueline ». Ce fut grâce à son intervention, d'après Wadding (2), que plus tard, en 1220, les Bénédictins de Saint-Côme, au delà du Tibre, cédèrent aux Mineurs l'hôpital Saint-Blaise, devenu depuis le couvent de San-Francesco a Ripa. On y voit encore la chambre qu'habita le Saint, et la pierre qui lui servait d'oreiller.
1. Le R. P. Édouard d’Alençon a publié dans les Études Franciscaines (juillet et septembre 1899) la monographie de Jacqueline de Settésoli.
2. Annal. Min., ann. 1229. — Gonzague attribue cette fondation à la famille de l’Anguillara.
La ville de Rome ne le retint pas longtemps : il avait hâte d'organiser sa mission d'outremer. Îl regagna donc promptement la Portioncule, fit part à ses frères des desseins qu'il mürissait depuis quelques semaines et des encouragements du Pontife romain, et passant tout de suite à l'exécution, remit aux mains de Pierre de Catane les rênes de l’administration. Une huitaine de jours après, il faisait voile vers la Palestine. Mais l'heure de la Providence n'était pas encore venue. Jeté par des vents contraires sur les côtes de l'Esclavonie, il dut renoncer pour le moment à ce lointain voyage. Ün miracle signala son retour. Ils s'étaient embarqués, lui et son compagnon, à l'insu du capitaine et malgré les rebuts de l'équipage, sur un vaisseau qui partait pour Ancône. Comme la traversée était longue et pénible, et que toutes les provisions étaient épuisées à bord, il multiplia miraculeusement les vivres qu’un envoyé du Ciel lui avait apportés, si bien que le capitaine et les matelots, émerveillés, se jetèrent à ses genoux, le remerciant de leur avoir sauvé la vie malgré eux (1).
À peine débarqué, l'infatigable apôtre reprit ses courses à travers l'Italie, répandant partout la parole de vie, réconciliant les familles divisées, convertissant les manichéens, guérissant les corps et les âmes et entraînant les foules à sa suite. Son genre de prédication nous donne