‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 109 sur 260 · TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. xx · texte numérisé non relu

TH. DE CELANO, Vita prima, p. I, c. xx

la raison de l'enthousiasme universel qu’il commençait dès lors à exciter. Point d’apprêts dans sa personne, mais la robe de bure qui le couvrait, ses pieds nus, sa tête rasée, son visage amaigri par les austérités, tout parlait en lui, avant qu'il eût ouvert la bouche, selon le langage expressif du plus ancien de ses biographes(1). Sa prédication était un modèle d’éloquence populaire. Dédaignant les fleurs du beau langage et les artifices de la sagesse humaine comme indignes d’un ambassadeur de Dieu, et protestant avec énergie contre le mauvais goût de l’époque, il se faisait gloire, comme l'apôtre des nations, de ne connaître que Jésus, et Jésus crucifié. Néanmoins, il savait user à propos des talents dont la nature l'avait doué. Sa voix était claire et vibrante, douce et sonore, harmonieuse et sympathique. Sa parole, lucide et chaleureuse, captivait, passionnait son auditoire. « Il était né orateur (2) », remarque le même historien; la vue de tant d'hommes égarés, peut-être plus malheureux que coupables, avait allumé dans son cœur une flamme qui ne devait s’éteindre qu'avec la vie : la flamme du zèle apostolique. Il avait des illuminations soudaines, des inspirations célestes, des élans sublimes, qui leur arrachaient tantôt des cris d'admiration, tantôt des larmes de repentir. En un mot, on reconnaît en lui la vraie éloquence, cette éloquence qui jaillit du cœur, commande

1. « De toto corpore fecerat linguam. » (Zbid., p. IT, c. 1v.) 2. « Facundissimus homo. » (Zbid., p. I, c. XXIX.)

aux passions, entraine les masses, et à laquelle l’art seul ne saurait atteindre; car elle se puise à deux sources surhumaines, la sainteté et les miracles.

Quand l'apostolat réunit ces deux conditions, il exerce un attrait irrésistible. Aussi est-cé par milliers qu'il faut compter les âmes que François retirait des sentiers du vice, ou qui s’attachaient à sa personne pour ne plus le quitter. A Ascoli, pour ne citer qu’un exemple entre mille, il gagna trente disciples en un seul jour (1). Au milieu d’une moisson si abondante, nous ne pouvons rien faire de mieux que de choisir çà et là quelques épis; aussi bien sont-ce des épis d’or. De ce nombre est un célèbre poète de ce temps, Guillaume de Lisciano, trouvère couronné par l’empereur Frédéric Il, qui l'avait surnommé le roi des vers. Ses poésies, acclamées par une société frivole et sensuelle, n'étaient peut-être pas sans mérite littéraire; mais, à coup sûr, sa vocation à la vie franciscaine lui a valu une gloire meilleure et plus pure. Voici, d’après les chroniques contemporaines, le récit de sa conversion.

Il était allé dans la Marche d’Ancône — à San-Severino, dit expressément saint Bonaventure — pour visiter une de ses parentes. Par une coïncidence qu'on ne saurait attribuer au hasard, le grand thaumaturge de l'Ombrie s'y trouvait en même temps. Il prêchait dans un

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