‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 115 sur 260 · Œuvres de saint François d'Assise, p. I, ép. 1 et · texte numérisé non relu

Œuvres de saint François d'Assise, p. I, ép. 1 et

tateurs de l'Islam. Ayant échoué du côté de l'Orient, il se retourna vers les côtes d'Afrique, et après avoir de nouveau confié le gouvernement de l'Ordre à Pierre de Catane, ils'achemina avec Bernard de Quintavalle vers l'empire du Maroc, qu’il comptait aborder par l'Espagne.

Longue excursion dont ses historiens ont à peine dessiné les grandes lignes, non qu'elle soit dénuée d'intérêt, mais parce qu'elle n'obtint pas le résultat désiré. Contentons-nous, à leur suite, d'en relater les principaux incidents. |

À Terni, dans les Etats pontificaux, l’évêque, après avoir entendu prêcher le Saint, monta en chaire et dit au peuple : « Le Seigneur a souvent éclairé son Église par des docteurs et des savants; aujourd'hui, il vous envoie ce François d'Assise, homme pauvre, sans lettres, à l'air méprisable, afin de vous édifier par ses paroles et par ses exemples. Moins il est savant, plus on voit éclater en lui la puissance de Dieu, qui choisit ce qui est insensé selon le monde pour confondre la sagesse humaine. 7»

Le compliment eût paru étrange à tout autre; François en fut ravi; il alla se jeter aux genoux du prélat, lui baïisa la main et lui dit : « Merci d'avoir si sagement distingué le précieux d'avec le vil, le digne d’avec l’indigne, le saint d'avec le pécheur, en rapportant, comme il convient, toute gloire à Dieu seul et non à moi, qui ne suis qu’un homme chétif et misérable. »

L'évêque, encore plus charmé de son humilité

que de sa prédication, l’'embrassa tendrement (1).

A Imola, le zèle de l’apôtre fut un instant arrêté par une épreuve d'où le fit sortir son caractère aimable et enjoué. Comme il demandait à l'évêque la permission de prêcher à son peuple : « Je prêche, répondit sèchement le prélat, et cela suffit » L’humble missionnaire baissa la tête et se retira sans répliquer; mais, une heure après, il revint se présenter devant l’évêque, qui, surpris de le revoir, lui demanda ce qu'il désirait encore. « Seigneur évêque, répliqua le Saint, quand un père chasse son fils par une porte, il faut que le fils rentre par une autre. » Le prélat, vaincu par tant de confiance et d'humilité, lui dit en le serrant sur son cœur : « Désormais, toi et tes Frères, prêchez dans mon diocèse (2). »

Est-ce par terre, est-ce par mer que les deux messagers de la bonne nouvelle effectuèrent le reste de leur voyage? A vrai dire, nous n'avons pas de documents contemporains qui tranchent la question; mais, à leur défaut, certains monuments postérieurs, les traditions de l'Ordre et les archives de plusieurs villes que nous nommerons à la page suivante, nous autorisent à croire qu'à l'aller ou au retour (peut-être l’un et l’autre, c’est l'opinion de Wadding), ils traversèrent le midi de la France. Quoi qu'il en soit, ils se rendirent directement à la cour d’Al-

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. Lxxx. 2. Ibid., p. III, ec. LxxXxv.

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phonse IX, père de Blanche de Castille. Alphonse IX était ce héros, ce nouveau Charles- Martel qui, dans la célèbre journée de las Navas de Tolosa (16 juillet 1212), avait sauvé l’Europe de l’irruption de quatre cent mille musulmans. Sachant qu'en Espagne l’œuvre de l’affranchissement national était inséparable de l’unité de religion, il accueillit notre Saint avec bienveillance, et lui permit volontiers d'établir une maison de son Ordre dans la Castille.

Avant de passer chez les Maures, François alla s’agenouiller sur les dalles du célèbre sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle. Là, d'après la Chronique des vingt-quatre généraux, il eut une vision qui modifia ses projets. Notre-Seigneur lui ordonna de retourner en Italie pour étendre, affermir et défendre son institut, encore si près de son berceau.

L'humble missionnaire n’hésita point : renonçant à cette évangélisation des Maures qui avait: souri à son zèle, il reprit le chemin de la patrie, avec cette promptitude, cet esprit d’abnégation et ce jpyeux abandon à la Providence qui caractérisent toutes ses démarches.

I] ne fit qu'apparaître à Guimaraëns, et remonta vers les Pyrénées par Avila, Madrid, Tudela et Barcelone. Nous constatons ici avec bonheur qu’une foule de monuments attestent encore de nos jours son passage dans la catholique Espagne, et que cette contrée conserve toujours avec un religieux respect le souvenir de ses vertus et de son apostolat.

En France, les archives locales nous le montrent à Perpignan, à Montpellier, à Lunel. A Montpellier, il annonça qu'on bâtirait un couvent de son Ordre dans l'hôpital où il était logé : prédiction qui s’accomplit six ans après (1). À Lunel, il descendit chez le baron de cette ville, Raymond Gausselin, dont le petit-fils, le bienheureux Gérard, revêtit à cinq ans, par une exception motivée sur le souvenir du thaumaturge ombrien, l'habit du Tiers- Ordre de la Pénitence et mourut en odeur de sainteté à Monte-Santo (2). En traversant le bas Languedoc, il dut entendre parler de la glorieuse journée de Muret, où Simon de Montfort avait écrasé, en 1213, la puissance sociale de l'hérésie, et de cette ville de Toulouse, où saint Dominique, le rosaire à la main, domptait la puissance religieuse de l’hydre albigeoise; mais il ne s'arrêta point dans cette contrée, sans doute parce qu'elle était le champ destiné aux fécondes sueurs du fils des Gusman. Enfin, après mille fatigues et d’incroyables succès, il rentra au couvent de la Portioncule vers. la fin de l’année 1214, ou peut-être au commencement de l’année 1215.

Grande fut alors la joie à Notre-Dame des

Anges. Les disciples se félicitaient du retour de

leur bienheureux Père, et le Saint se réjouissait de retrouver le nombre de ses enfants plus que

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