Vie de saint Dominique, par LACORDAIRE, ch. vil
mais il ignorait qui était l’autre. Seulement, l'image de son compagnon était restée profondément gravée dans sa mémoire. Le lendemain, il sortait de la basilique, lorsque, levant les yeux, il aperçut sous un froc de mendiant la figure de ce mystérieux ami que le Ciel lui avait montré, Aussitôt, il court à lui, et les deux saints, se reconnaissant sans s'être Jamais vus, se tiennent longtemps embrassés sans rien dire. Enfin, Dominique rompt le silence, et raconte la vision dont il a été favorisé la nuit précédente; puis il ajoute : « François, tu es mon compagnon : nous travaillerons de concert.
Demeurons unis, et personne ne pourra prévaloir contre nous (1). » |
« Le baiser de Dominique et de François s’est transmis de génération en génération sur les lèvres de leur postérité (2) », et l'inaltérable amitié qui les unissait se survit toujours dans le cœur de leurs enfants. Les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs ont planté leurs tentes sous tous les climats ; ensemble ils ont prié, ensemble ils ont défriché la vigne du Seigneur, et plus d’une fois, le sang de leurs martyrs s’est mêlé dans le même holocauste pour la foi. Ils ont peuplé à l’envi la terre de leurs couvents, et le ciel de leurs saints; mais jamais le souffle de
1. WADDING, t. I, p.252. — Anno Domini 1215, tempore Concilii generalis, S. Franciscus Romam adiit, et S. Dominicum, qui ibi tunc erat pro sui Ordinis approbatione, reperit, quem Dei ostensa visio sibi favorabilem fecit. » (Chronique des vingt-quatre généraux.)