‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 120 sur 260 · Vie de saint Dominique, par LACORDAIRE, ch. vii · texte numérisé non relu

Vie de saint Dominique, par LACORDAIRE, ch. vii

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la jalousie n’a terni le cristal sans tache de leur amitié six fois séculaire.

Cette union des deux Ordres s’est traduite dans leur liturgie respective, et jusque dans les traditions de la vie privée. Chaque année, lorsque le temps ramène la fête de saint Dominique, l'office solennel des Frères Prêcheurs est chanté par un Père Franciscain. Après la messe, les religieux des deux Ordres rompent en commun, dans de fraternelles agapes, le pain que la Providence leur envoie; dans le chant d'actions de grâces qui suit le repas, ils répètent alternativement ce refrain : « Seraphicus Pater Franciscus et evangelicus Pater Dominicus ipsi nos docuerunt legem tuam, Domine : François, le Père séraphique, et Dominique, le Père évangélique, nous ont enseigné votre loi, 6 Seigneur ! » Le 4 octobre, jour de la fête de saint François d'Assise, on fait l'échange de ces cérémonies dans le couvent des Frères Mineurs.

Ainsi en est-il dans toutes les villes où les couvents des deux Ordres sont assez rapprochés pour que les religieux puissent se rendre tour à tour ce témoignage de réciproque affection. Touchant usage qui nous reporte aux plus beaux jours de l Église, et qui présente aux regards de la génération moderne le spectacle inimitable de milliers d'hommes n'ayant qu'un cœur et qu'une âme!

S'il est peu de scènes plus gracieuses que celle de la rencontre des deux saints Patriarches, nous n’en connaissons pas de plus grandiose

que celle de leurs adieux sur les collines de Rome. Debout sur le mont Aventin, douze siècles après que saint Pierre et saint Paul en ont pris possession, ces deux pauvres de Jésus- Christ, un regard vers le ciel, un autre vers la terre, conçoivent un plan d’une audace plus qu'humaine : ils se partagent l'univers pour le reconquérir au divin Roi. Leur ambition, comme celle des deux Apôtres, embrasse toutes les nations; leurs succès dépasseront toutes les prévisions humaines. Ils ramèneront, en effet, les peuples sous le joug de l'Évangile, et cela, par les deux forces les plus grandes qu'il y ait au monde, la science et l'amour. Dominique et ses enfants, qui semblent tenir dans l'Église militante le rang qu'occupent les chérubins dans la hiérarchie céleste, propageront la science divine et défendront la vérité; François et ses fils, tout embrasés de l’ardeur des séraphins, verseront dans le monde des torrents de lumière et d'amour. | Quoique étrangers l’un et l’autre à notre patrie, les deux saints Patriarches lui avaient

également voué un filial amour. Parinstinct ou

par suite d'une étude attentive de l’histoire, ils avaient compris qu'étant la fille aînée de l'Eglise catholique, elle a une mission privilégiée dans le monde, qu'elle est la terre classique des Ordres religieux, et que « sans elle on ne fait rien de grand (1) ». Aussi leur esprit se repor-

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