‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 121 sur 260 · PIE II · texte numérisé non relu

PIE II

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tait-il souvent vers cette contrée malheureuse que Dominique n'avait pu soustraire entièrement au joug de l'hérésie, et leurs pleurs se méêlaient-ils fréquemment au récit des ruines sociales et morales amoncelées par les sectaires. En relisant dans nos anciens biographes les scènes de leur rencontre et de leurs adieux, nous étions tout naturellement amené à penser qu'ils durent concerter ensemble les moyens de remédier à tant de maux, et que Dominique pressa François d'apporter son concours à l’œuvre si difficile de la conversion des peuples du Languedoc ; mais ce n'étaient que des conjec- ‘tures. Par bonheur, un manuscrit du xvir* siècle, que le duc de Mirepoix a eu l’obligeance de nous communiquer et qui fait partie des archives de sa famille, est venu inopinément illuminer cette page, changer nos conjectures en certitude et nous indiquer nettement la part active de notre Saint dans la croisade contre les Albigeois (1). De ce document, qui nous paraît d’une authenticité incontestable, nous n'extrayons que les passages relatifs à l’Ordre séraphique.

Guy de Lévis, vaillant capitaine que Simon de Montfort avait créé marquis de Mirepoix (1200), et loyal chrétien à qui Dominique avait déjà décerné le beau titre de Maréchal de la Foi, se rendit à Rome, sans doute pour

1. Briève explication du titre de Maréchal de la Foi, par Guillaume BEssE, avocat au Parlement de Toulouse. Ms. du château de Léran (Ariège).

défendre devant le Saint-Siège les droits des croisés français. Mis en relation avec le réformateur ombrien (et comment douter que ce ne füt à l’instigation et par l'entremise du Patriarche des Frères Prêcheurs, soit pendant, soit après la tenue du concile?), il résolut d’attirer en France un si saint personnage pour l'opposer aux progrès de l’hérésie, et sollicita près de la cour romaine la faveur de l'emmener avec lui. Le Souverain Pontife accéda volontiers à cette demande; François, de son côté, y souscrivit avec amour comme à l’objet de ses vœux les plus ardents, et il fit ses préparatifs dans ce sens.

Fort des bénédictions du Ciel et de la haute sanction du Vicaire de Jésus-Christ, l'âme remplie d'espérance et de consolation, il quitta la Ville éternelle vers la fin de décembre 1215 ou au commencement de l’année suivante, et s’en retourna joyeux en Ombrie pour ouvrir à Notre-Dame des Anges le Chapitre annuel de la Pentecôte. Chemin faisant, il évangélisa les principales villes du littoral de l’Adriatique, Camerino, Macerata, Monte-Casale, Ancône et Fabriano, faisant le bien partout et semant les miracles sur ses pas, à l'exemple du divin Maitre.

Assise avait le droit d’être fière d'un fils dont le concile de Latran avait proclamé le mérite et la sagesse, et dont tant de populeuses cités racontaient les prodiges. Elle ne fut pas sans lui préparer quelque ovation, et nous en trouvons

comme un écho dans une inscription lapidaire du temps Comme le retour de François coïncidait avec l'achèvement de l’abside de l’église de Sainte-Marie-Majeure, on grava son nom à côté de celui de l’évêque, soit qu'on le considérât comme associé à la même œuvre ou comme le plus assuré de passer à la postérité (r)..

Vers la même époque, les Bénédictins, à qui il était déjà redevable du couvent de Notre- Dame des Anges, lui offrirent un second monastère, connu depuis sous le nom de Carceri (les Prisons). Cet ermitage pittoresque, perché comme un nid d'aigle au sommet du Soubase, à trois milles environ d'Assise, cet ermitage avec sa forêt de chênes verts, ses ravins infranchissables et ses cavernes taillées dans les entrailles du rocher, répondait trop bien aux goûts de notre Saint pour qu'il n'acceptât pas avec reconnaissance une pareille donation. Dans la suite, il y monta souvent. < Îl aimait à s’y retirer au lendemain de ses travaux apostoliques, pour se mieux recueillir devant Dieu. Là, diligente abeille au sein même de l’oraison, il cueillait sur les fleurs du ciel un suc abondant et en formait un miel délicieux qu'il distribuait ensuite, dans ses prédications, aux âmes affamées de Dieu (2). »

1. Cette inscription est gravée en latin sur une pierre incrustée dans les arcatures de l’abside. En voici la traduction : « L'an 1216, indiction 4°, l’an 10° du temps de l'évêque Gui et du Frère François. » — Voirles Annales

Franciscaines, juin 1889, p. 295.

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