Sermon sur la fête de Notre-Dame des Anges
La concession de l’indulgence par le Christ est certaine; celle de sa ratification par le Saint- Siège ne l’est pas moins. Vingt fois, d'Hono-
rius III à Léon XIII, les souverains pontifes :
ont élevé la voix dans ce sens. Ils ont étendu cette faveur aux églises des Trois Ordres, et, par une faveur exceptionnelle, ils l’ont laissée subsister dans les années jubilaires, et même en temps d’interdit. Aussi tous les peuples sontils venus avec confiance visiter cette modeste chapelle de la Portioncule, qui est devenue, avec la Santa Casa de Lorette, l’un des joyaux de l'Italie et l’un des sanctuaires les plus vénérés du monde. Là, tous les ans, du 1° au 2août, des milliers de pèlerins accourus de tous les pays viennent prier où pria le Séraphind’Assise, chercher lepardonqu'il obtint pour eux, et reconquérir avec la pureté et l'innocence baptismale les joies, seules désirables, du divin amour. Le pavé de la chapelle est littéralement usé par les genoux des fidèles, et les murailles ont gardé l'empreinte des baisers brülants de six générations. En vérité, n’est-on pas forcé de convenir que ces lieux bénis sont abreuvés de gloire, et que ce champ de bataille de la pénitence éclipse tous les champs de bataille de l’ambition humaine ? On se demande s’il est dans l’histoire de l'Église une page plus consolante pour les pauvres pécheurs, et l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer ici, ou du zèle de saint François pour le salut des âmes, ou de la puissance de Dieu qui se joue de la superbe des hommes et
choisit ce qui est faible pour combattre ce qui est fort.
Une chose non moins étonnante, c’est le soin jaloux avec lequel la Providence veille sur les pierres de cet humble monument. Deux fois, en 1832 et en 1833, des tremblements de terre ont fortement endommagé la splendide basilique dont le xvr° siècle l’a recouvert comme d’un manteau royal; cent fois les révolutions politiques ont bouleversé le pays ; la Portioncule est toujours debout, intacte, avec le doux parfum de pauvreté qui s’exhale de ses murs nus et grossiers.
Tant de grâces obtenues dans ce sanctuaire privilégié étaient de nouveaux titres à la vénération de François. Aussi parlait-il avec bonheur de la sainteté de ce lieu, et, faisant allusion aux faveurs célestes dont il avait été l’objet, se plaisait-il à répéter à ces disciples : « N’abandonnez jamais ce temple. Si l’on vous chasse par une porte, rentrez-y par une autre ; car ce lieu est saint, c’est la maison de Dieu. C'est ici que nous avons grandi sous la bénédiction du Très-Haut ; c'est ici qu'il a illuminé nos esprits des clartés de sa sagesse, et qu'il a embrasé nos cœurs du feu de son amour. Quiconque y priera dévotement sera exaucé ; quiconque y outragera la majesté divine sera plus sévèrement châtié. Honorez donc toujours ce sanctuaire, et ne cessez d'y faire entendre les louanges du Seigneur (1). »
I. TH. DE CELANO, Vita prima, p. Il, c. vi; et Vita secunda, p. I, c. x11. : j