WaADDING, t. I, p
plus de cinq cents, s'il faut en croire Wadding) direntadieuaumonde, s’agenouillèrentaux pieds de François et revêtirent les glorieuses livrées de la pénitence. C'est ainsi que la bonne odeur des vertus des Frères remplissait toute la vallée de Spolète et y produisait des fruits de vie.
Il est bon de remarquer ici qu'autant le saint fondateur était ami de la simplicité, autant il était ennemi de l’exagération. À yant appris que plusieurs de ses disciples se livraient à des mortifications immodérées, il ordonna d’apporter les instruments de pénitence, cottes de mailles et ceintures de fer, et interdit, dans les jeûnes, veilles et macérations, tout ce qui pouvait être préjudiciable aux travaux du ministère apostolique (1).
Bernard de Besse rapporte ici un beau miracle, qui sert comme d'épilogue aux fameuses journées de ce Chapitre général. « Une trentaine de religieux, nous dit-il, et entre autres le Fr. Monald de Florence (le fondateur de la Province franciscaine de Provence), étaient restés à la Portioncule, afin de conférer plus à loisir, avec le Patriarche séraphique, de leurs intérêts et des difficultés de leurs missions respectives. Après avoir réconforté leur âme, le Saint voulut, avant de les congédier, pourvoir aussi aux besoins du corps; mais on vint lui dire qu’il n’y avait qu'un seul pain dans la maison. Dans cet état de détresse, il eut recours à
1. Tres socii, c. xIV; et TH. DE CELANO, Vita secunda, p. I, c. xXIv. :
la vierge Claire, qui lui envoya deux pains, sur trois qu'elle avait. « C'est le pain de la charité », s'écria-t-il d'un ton joyeux, en les posant sur la table. Il divisa les pains en autant de parts qu'il y avait de convives, et, sous ses doigts, ils se multiplièrent. Les Frères furent rassasiés ; des restes de tette manne nouvelle on remplit encore une corbeille, que l'on conserva comme souvenir du prodige, et les heureux convives se retirèrent, ayant une preuve de plus de la sainteté de leur fondateur (1). »
Toutes ces merveilles, multiplication des pains, renouvellement de l'esprit religieux, accroissement de la ferveur, conquêtes de nouveaux disciples, ne furent pas les seuls résultats du Chapitre des Nattes. On y dressa, en outre, trois statuts importants, qui fixèrent les
glorieuses destinées de l'Ordre. Les voici :
3° < On fera une mention expresse des saints apôtres Pierre et Paul dans les oraisons : Protege nos, Domine, et Kraudi nos, Deus (2). »
Par cette prière liturgique, François ne resserrait pas seulement les liens qui rattachaient l'Ordre, dès sa naissance, à l'Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises ; il inaugurait parmi ses enfants cette dévotion au Pape, qui devait être et qui demeure toujours le trait distinctif de sa triple famille.
2 « On ne recevra ni couvent ni église qui ne soient conformes à la sainte pauvreté que
1, BERNARD DE Besse, De laudibus B. Fr., c vrI. 2. Ibid., c. 11.
nous avons promise dans la règle. » Sage décision qui fermait l'entrée des couvents franciscains à la passion du luxe et des richesses, cause ordinaire de relâchement et de ruine dans la discipline régulière.
3° « Tous les samedis, on célébrera dans tous nos couvents une messe solennelle en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée. »
Par cette prescription, due au séraphique Patriarche, et renouvelée par saint Bonaventure au Chapitre général de Pise (1263), l'Ordre des Frères Mineurs prenait la Vierge Immacudée pour sa protectrice et sa patronne, et se déclarait, six siècles à l'avance, le héraut du grand dogme de l’immaculée Conception. C'est là sa gloire dans l'Église et peut-être, dans la pensée de Dieu, le principal motif de sa création.
Le fait est enregistré dans les annales de l'Ordre, mais qui nous en dira la cause ? Qu'un homme peu versé dans les saintes lettres et qui se pique de n'avoir d'autre science que <elle de la croix; que l'humble diacre d'Assise, en un mot, jette tout d’un coup comme une gerbe de lumière sur une des vérités les plus longtemps voilées de la religion catholique ; qu'il la montre aux peuples en la faisant passer dans les traditions privées et dans le culte public de toute une famille religieuse ; qu'il donne ensuite la raison du mystère, en posant devant ses fils ce principe inébraniable : « Ne craignez point d'attribuer à Marie tout ce qui ne répugne pas à sa
dignité de Mère de Dieu », est-ce là un prodige humainement explicable ? Et ne faut-il pas admettre, avec un savant de Sienne, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, que la théologie de ce saint homme, portée sur les ailes de la pureté et de Ja contemplation, s'élevait comme le vol de l'aigle, et qu'il l'avait puisée tout entière dans les communications surnaturelles de l’Esprit-Saint ? Dès lors, instruit par ce Docteur des docteurs, assuré de la place que tient Marie dans le plan divin, François pouvait-il mieux faire que de léguer cette vérité à ses enfants, comme le plus précieux trésor de leur héritage ? Son espoir ne fut point trompé. Ses disciples défendirent et propagèrent la doctrine de l’Immaculée Conception avec une fidélité qui ne s'est jamais démentie; ils se l’approprièrent à tel point qu'on l’appelait la « thèse franciscaine ».
De son côté, la Reine du Ciel semblait prendre plaisir à se susciter dans l'Ordre une légion de docteurs et d'apôtres qui fussent capables d'assurer le triomphe de sa cause, et l'on vit sous son inspiration, les Guillaume Ware, les Duns Scot, les François de Mayronis, les Bernardin de Sienne, les Léonard de Port-Maurice, les Thomas de Charmes et les d’Argentan descendre tour à tour dans la lice et se faire honneur d'être les chevaliers de Marie. Dans cette lutte, qui dura six siècles, il y a deux faits que nous ne pouvons omettre, parce qu'ils sont la conséquence logique du principe posé par saint
François : c'est la victoire de Duns Scot et la promulgation du dogme.
Au x siècle, l'Université de Paris et les scolastiques en général enseignaient, à la suite de l’auteur du Livre des Sentences, que la vierge de Juda avait été comprise dans l'arrêt de condamnation qui enveloppe toute la race humaine. Duns Scot, ce beau génie qui se jouait des difficultés et qu'attiraient les plus hautes spéculations de la philosophie, fut le premier à battre en brèche, dans ses cours à l'Université de Paris, la thèse de Pierre Lombard. Dénoncé pour cette innovation, il fut obligé de comparaître devant ses pairs pour se justifier. La discussion eut lieu vers la fin de l’année 1307 ou au commencement de 1308. Les adversaires du jeune Franciscain, le Livre des Sentences à la main, lui opposèrent une multitude d'objections plus ou moins spécieuses. Il écoutait, calme et recueilli, et répondait moins en accusé qu'en vainqueur ; car toutes leurs allégations venaient échouer contre cet irréfutable argument de convenance : Debuit, potuit, ergo fecit. En somme, il défendit sa cause avec tant de force et d'éloquence, qu'il ne fut ni condamné, ni obligé à se rétracter. L'issue de la lutte était une victoire qui allait immortaliser son nom; car il venait de créer un mouvement d'opinion qui, faible dans son principe, devait bientôt devenir un torrent et acquérir une force irrésistible. Ce fut à la suite de cette joûte oratoire que l'Université de Paris lui décerna le titre de
Docteur subtil (c'est-à-dire lucide et plein de sagacité). Moins de trente ans après, elle célébrait la fête de l’Immaculée Conception. Enfin, un siècle plus tard, elle décidait qu'à l'avenir on ne conférerait plus le titre de docteur, avant que le candidat n’eût prêté le serment de toujours défendre la suréminente prérogative de Marie. La thèse franciscaine triomphait. Cependant l'heure n'était pas encore venue pour le Saint- Siège de prononcer un jugement irrévocable, et c'étaient nos jours troublés qui devaient être témoins du glorieux et pacifique dénouement de ce duel théologique. Qui, parmi les vieillards, ne se souvient des fêtes du 8 décembre 1854 ? En ce jour d'éternelle mémoire, un pape du Tiers-Ordre séraphique, l'immortel Pie IX, posait au front de Marie le plus beau diamant de sa couronne, en proclamant à la face de l’univers qu'elle a été, « par l'application anticipée des mérites de son Fils, préservée de la souillure originelle et conçue sans péché (Tr) ». Signalons ici un détail relatif à l'Ordre séraphique. Au moment de la promulgation du dogme dans la basilique de Saint-Pierre, et par une faveur insigne, le Pape permettait aux généraux des Frères Mineurs de lui présenter une rose d'or et un lis d'argent ; puis il faisait déposer aux pieds de saint François, sur une plaque de marbre commémorative, le texte même de la définition, comme pour indiquer la part que l'Ordre y