Bulle Fneffabilis
avait prise. L’était la plus belle récompense dont il pût honorer le zèle de la famille franciscaine à publier les grandeurs et les privilèges de Marie, en même temps que la conséquence logique des prescriptions du Chapitre des Nattes, qu'il est temps d'envisager sous un autre aspect.
Ce Chapitre est, en effet, la vraie Pentecôte de l'institut séraphique et l'heure de sa grande diffusion. Saint François n'y régla pas seulement ce qui concernait la vie intime de l'Ordre, l'esprit qui doit l’animer, les croyances confiées à sa garde. Il s’occupa aussi de l'extérieur, c’est-à-dire de la réforme des mœurs en Europe et de la conversion des infidèles. Le but principal de sa mission providentielle n’était-il pas d’arborer partout la croix ? [1 dressa donc un vaste plan de campagne qui embrassait les différentes parties du globe, déclara qu’il pre-
nait l'Égypte pour lui et assigna aux autres leur destination. Parmi ces derniers, contentons-nous de nommer les principaux chefs de mission : Frère Élie, qui partit pour la Syrie {t); Frère Bérard, pour le Maroc ; Jean Parenti, pour l'Espagne ; Frère Luc, pour la Roumanie ; Christophe de Romagne, qui revint évangéliser la Guyenne ; Frère Pacifique, qui retourna dans l'Ile-de-France avec Ange de Pise, et Frère Electus, qui fut envoyé dans le Maine. Leurs
I. JOURDAIN DE GIANO, Chronique, p. III, n°7. — Jourdain ajoute (n° 11) qu'Elie revint d'Orient avec saint François.
obédiences ou lettres de créance devaient être conçues dans les mêmes termes que celle que François donnait cinq ans plus tard au Frère Ange de Pise, la seule qui ait échappé aux ravages du temps : «< Moi, Frère François d’Assise, ministre général, je te commande, au nom de l’obéissance, à toi, Frère Ange de Pise, d'aller en Angleterre, et d'y exercer l'office de ministre provincial. Adieu. » C'était peu, et c'était assez, car c'était Dieu qui les envoyait.
L'entreprise était hardie, mais tout à fait conforme à l'esprit de prosélytisme qui distingue la véritable Eglise de Jésus-Christ. Honorius III, alors à Viterbe, l'approuva et la sanctionna de son autorité, en remettant aux Frères une lettre de recommandation. Les chefs de mission portaient, en outre, deux circulaires du séraphique Patriarche, dont la première, adressée à tous les prêtres, renferme de touchantes instructions sur le culte dû à l’Eucharistie et en particulier ce conseil sur les paroles de la Sainte Ecriture : « Si vous trouvez en des lieux peu décents le très saint Nom du Seigneur ou quelque passage de la Bible, je vous prie de les recueillir avec respect et de les placer en un endroit convenable. »
La seconde invite tous ceux qui ont en main une part d'autorité publique, consuls, juges, magistrats, à gouverner leurs sujets selon les prescriptions de la loi divine (1).
Munis de ces deux lettres et de l'autorisation du Souverain Pontife, remplis de l'esprit de Dieu et tout brûlants de zèle, les missionnaires sortirent de Notre-Dame des Anges, comme les Apôtres étaient sortis du Cénacle au lendemain de la Pentecôte, pour aller semer aux quatre vents du ciel la bonne semence de l'Evangile.