‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 136 sur 260 · Ps. XXII · texte numérisé non relu

Ps. XXII

homme, c'est le Frès-Haut qui m'envoie pour vous annoncer, à vous et à votre peuple, la bonne nouvelle de l'Evangile et les vérités du salut. » Aussitôt il se mit à lui expliquer les mystères de la religion catholique, et il le fit avec tant de force, qu'en lui se vérifiart une fois de plus cette promesse du divin Maître : « Je vous donnerai une éloquence et une sagesse auxquelles vos adversarres ne sauront ni résister ni contredire. »

Le prince barbare était suspendu aux lèvres du Sainf'et saisi d'une émotion dont il ne se rendaït pas compte. Cette mâle intrépidité, ce dévouement surhumam dont le spectacle s'offrait pour la première fois à ses yeux, subjuguaient son âme et l'inclinatent à la clémence. Il écouta ainsi François pendant quelques jours, au grand étonnement de tous, et l’invita même à demeurer près de lui. « Si vous et votre peuple, répondit l'homme de Dieu, vous voulez vous convertir au Christ, je resterai volontiers parmi vous. Si vous balancez entre la loi chrétienne et la loi de Mahomet, faites allumer un grand feu; j y entrerai avec vos prêtres, et vous jugerez par les effets de quel côté se trouve la vérité. — Je ne crois pas, répliqua Mélédin, qu'aucun de nos imans consente à affronter les flammes et les tourments pour la défense de sa foi. » Il parlait ainsi, parce qu'il avait remarqué qu’à la seule proposition de François, lun d'eux, des plus âgés et des plus considérables, s'était prudemment esquivé.

Notre Bienheureux alla plus loin; il dit au Soudan : « Si vous me promettez, en votre nom et au nom de votre peuple, d’embrasser la religion catholique, j'entrerai seul dans le bûcher. Si les flammes me dévorent, vous l'imputerez à mes péchés; mais si j'en sors sain et sauf, vous reconnaîtrez Jésus-Christ pour le seul et vrai Dieu et pour le Sauveur des hommes. » — Le Soudan, faible comme le sont tous les despotes, et tremblant devant ceux qui tremblaient à ses pieds, n’osa pas accepter cette épreuve du feu, dans la crainte d'une sédition populaire. En revanche, il offrit au Saint de riches présents; mais il eut beau faire des instances, François, uniquement préoccupé du salut des âmes et ne voyant pas poindre dans le cœur du prince infidèle le désir de s’appliquer à la recherche de la vérité, repoussa d’un geste dédaigneux l'or et les étoffes précieuses. Mélédin, loin de s’offenser de ce refus, sut apprécier la noblesse d'un si parfait détachement, et sentit croître en lui le respect et l'admiration qu'il avait voués, dès la première entrevue, au serviteur de Dieu. Et après lui avoir dit en secret : « Priez pour moi, afin que le Très-Haut me fasse connaître quelle est la vraie religion », il le fit reconduire avec honneur au camp des chrétiens (1).

François, voyant ses espérances brisées et ne sachant quelle ligne de conduite adopter, eut recours, selon son habitude, à la prière; et le

1. BoNAv., c. 1x. — Cf. Le continuateur de Guillaume de Tyr, Belli sacri historia.

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Docteur séraphique, de qui nous tenons tous ces détails, ajoute que ce ne fut point en vain. Une vision céleste vint, en effet, lui apporter lumière, paix et consolation. Dans cette vision, le Fils de Dieu lui intima l’ordre de retourner en Italie, en l'assurant que ce n'était point en Égypte, ni sous le tranchant du glaive, qu'il devait cueillir cette palme du martyre tant ambitionnée. Le Bienheureux fit part à son compagnon de la révélation qu'il avait eue, et voici les paroles brûlantes d'amour que notre grand Bossuet met à cette occasion dans sa bouche : « Sortons d'ici, mon Frère; fuyons, fuyons loin de ces barbares trop humains pour nous, puisque nous ne pouvons les obliger ni à adorer notre Maître, ni à nous persécuter, nous qui sommes ses serviteurs. O Dieu! quand mériterons-nous le triomphe du martyre, si nous trouvons des honneurs, même parmiles peuples infidèles? Puisque Dieu ne nous juge pas dignes de la gloire du martyre, ni de participer à ses glorieux opprobres, allons-nous-en, mon Frère; allons achever notre vie dans le martyre de la pénitence, ou cherchons quelque endroit de la terre où nous puissions boire à longs traits l’ignominie de la Croix (1). »

Combien de temps passa-t-il sous la tente des croisés? Quelle fut l'étendue de son influence pour rétablir parmi eux l'esprit de concorde et de discipline? Visita-t-il la Palestine à son re-

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