‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 145 sur 260 · I. WADDING, ad ann · texte numérisé non relu

I. WADDING, ad ann

taille, aussi bien que la férocité, était monstrueuse. Il ne s’attaquait pas seulement aux animaux; il dévorait aussi les enfants et les hommes. Les habitants étaient dans la consternation, et les plus hardis n'osaient plus s’aventurer sans armes en dehors des murs de la ville. Le Saint, touché de compassion, résolut d'aller trouver le loup. Il gravit la montagne sans crainte, mettant toute sa confiance en Dieu; et, suivi de loin par la multitude anxieuse, il s’avança vers le repaire du loup. Troublée dans son repos, la bête fauve s’élance d’un bond, la gueule béante, vers l’homme de Dieu. Celui-ci marche à sa rencontre, fait sur elle le signe de la croix, l'appelle à lui et lui dit d’une voix vibrante : « Viens ici, frère loup, et au nom du Christ, ne me fais aucun mal, à moi ni à personne. »

Aussitôt le loup s'arrête, ferme la gueule et vient, doux comme un agneau, se coucher aux pieds du Saint. « Frère loup, poursuit saint François, tu as commis de grands crimes. Tu n’as pas seulement égorgé des animaux. Tu as poussé la cruauté jusqu’à dévorer des hommes créés à l’image de Dieu. Tu mérites la mort!

Tout le monde murmure contre toi, et tu esun objet d'horreur pour tous les habitants de la contrée. Mais, je le veux, frère loup, tu vas signer un traité de paix avec eux. Je sais que la faim est la seule cause de tes méfaits; promets-moi donc de mener une vie innocente; et de leur côté, les habitants te pardonneront le

passé et pourvoiront désormais à ta subsistance. » Y consens-tu? Et le loup, baissant la tête, indique par ses mouvements qu'il accepte le contrat.

Alors François revint vers la ville avec le loup, qui le suivait comme un chien suit son maître. Et comme toute la population était accourue sur la place publique pour être témoin d'une scène si étrange, François, montant sur une pierre, harangua la foule en ces termes : « Mes frères, c'est en punition de vos péchés que le Seigneur a permis ce fléau. Mais, songez-y, si la gueule d’un pauvre animal, qui, après tout, ne peut tuer que le corps, a suffi pour jeter l’effroi dans votre ville et dans toute la contrée, combien plus ne devez-vous pas craindre cet abîme de l'enfer qui dévore éternellement ses victimes! Ah! convertissez-vous, faites pénitence, et alors Dieu vous délivrera, non seulement de la rage d’un loup dans cette vie, mais encore des flammes éternelles après votre mort. » Après ce discours, le Saint demanda publiquement aux magistrats et à tous les habitants s'ils agréaient les conditions du traité de paix avec le loup, c’est-à-dire pour eux la promesse de le nourrir, et pour lui la promesse de ne nuire à aucune créature. Ils acceptèrent d’une voix unanime ; le loup, de son côté, pour attester et ratifier ses engagements, posa sa patte dans la main de François. A cette vue, l'admiration ne connut plus de bornes; des acclamations enthousiastes, bruyantes comme les

flots de la mer, s’'échappèrert de toutes les poitrines. Puis la foule se dispersa, en louant et bénissant Dieu de lui avoir envoyé François, qui, par ses mérites, l’avait délivrée de la gueule d'une bête si cruelle. Le loup vécut encore deux années à Gubbio, allant familièrement de porte en porte, entrant dans les maisons, sans faire ni recevoir aucun mal. Chacun s’empressait de lui fournir ce qui était nécessaire à sa subsistance ; et quand il traversait la cité, jamais les chiens n’aboyaient après lui. Enfin, deux ans après sa conversion, frère loup mourut de vieil lesse, et les habitants le regrettèrent vivement ; car, rien qu'à voir cet animal traverser les rues avec la douceur d'un agneau, ils se rappelaient avec bonheur le miracle et la sainteté du célèbre thaumaturge de l'Ombrie (1). |

Enfin, après une absence de plus d’une année, François rentra au couvent de Notre-Dame des Anges. C'était très probablement dans la première quinzame du mois de septembre 1220. Sa présence était devenue nécessaire, pour les motifs que nous avons indiqués plus haut, et son retour était ardemment désiré par ses douze premiers compagnons.

Quelques jours avant la Saint-Michel, le bienheureux Patriarche d'Assise eut une vision qui le frappa vivement. Il vit une statue colossale, à la tête d'or, aux bras d'argent, aux jambes d’airain, aux pieds d'argile, et il comprit que

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