‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 158 sur 260 · WADDING, t. II, p · texte numérisé non relu

WADDING, t. II, p

L'amitié des saints porte bonheur. Avec François, les bénédictions du Ciel étaient descendues sur la maison de son hôte. Il les y affermit par une prédiction qui toucha tous les cœurs. Le prince avait un fils encore à la mamelle ; il pria le Saint, en qui il avait toute confiance, de le bénir. François bénit donc le petit Gaétan (c'était le nom de l'enfant prédestiné); puisil le prit dans ses bras, le couvrit de caresses, et attachant sur lui des regards pleins de bienveillance, il s’écria : « Cet enfant ne sera pas un religieux de notre Ordre, mais il en sera le protecteur. On ne le comptera pas parmi les fidèles, mais on le reconnaîtra pour le Pasteur universel, et nos Frères auront une grande joie de vivre à l'ombre de son autorité (r). » Quarante ans après, Gaétan Orsini était nommé cardinal protecteur des Franciscains, et en 1277 il montait sur le trône pontifical sous le nom de Nicolas IIT. Ainsi se vérifiait la prophétie de notre Saint.

Avant de se séparer du séraphique Père, le patricien désira être agrégé à sa famille spirituelle, et il fut tout heureux de recevoir de ses mains l’habit de la pénitence. Son entrée dans le Tiers-Ordre fit éclat, et son exemple attira dans la nouvelle milice plusieurs personnages de distinction.

De Rome, notre Bienheureux se rendit à Subiaco pour visiter la grotte de saint Benoît, l'il-

1. WADDING, t. II, p. 35. — Cf. BERNARD DE BESSE, ms. de Turin.

lustre fondateur de la vie monastique en Occident. On lui montra le buisson épineux où six siècles auparavant, dans une tentation semblable à la sienne, saint Benoît avait amorti le feu de la concupiscence. Considérant ces ronces comme une sorte de lit triomphal où avait brillé l’héroïisme de ce vaillant athlète, il les baisa avec respect, y greffa deux rosiers, fit dessus le signe de la croix, et sous sa bénédiction les rosiers fleurirent. Ils subsistent encore de nos jours comme un témoin séculaire de la vertu des deux grands Patriarches et un symbole vivant de la défaite du démon. Des fresques antiques et un autel dû à la munificence de Grégoire IX rappellent le passage du thaumaturge ombrien.

De là, il vint à Gaëte, port antique et célèbre où le Ciel autorisa sa mission par un prodige dont toute la ville fut témoin. Il prêéchait sur la place publique, en face de la rade, et la foule s’attroupait autour de lui pour toucher le bord de ses vêtements; pour échapper à ces démonstrations importunes, il monta seul dans une barque. Au grand étonnement de tous, la barque s'éloigna du rivage, sans effort de rame et comme si elle eùt obéi au bras d’un pilote invisible; puis elle s'arrêta, immobile au milieu des flots, pour permettre au Saint de continuer sa prédication et revint d'elle-même au rivage aprèsla fin du discours, pendant que la multitude s’écoulait lentement, silencieuse et ravie d’ad-

miration. « Qui donc, s’écrie à ce propos saint

\ Bonaventure (1), aurait eu le cœur assez dur, assez obstiné dans l'erreur, pour mépriser la doctrine d’un apôtre auquel les créatures inanimées elles-mêmes se soumettaient avec empressement, comme si elles eussent eu conscience de son autorité? »

De Gaëte, le même historien nous transporte au centre des Abruzzes, dans la petite ville de Célano, où le nom du thaumaturge ombrien ne pouvait être inconnu; car elle avait donné à l'Ordre, une dizaine d'années auparavant, Thomas de Célano, l’auteur du Stabat et le premier biographe du Saint. Au moment où François et son auxiliaire, qui était prêtre, pénétraient dans ses murs, un chevalier vint spontanément les inviter à se reposer dans sa demeure et à partager le diner préparé pour sa famille. Il fit tant d’instances qu'ils ne purent lui opposer un refus. Le Saint, ayant fait les prières d’usage avant le repas, se tourna tout à coup vers son hôte et lui dit à l'oreille : « Mon frère, j'ai cédé à vos instances, et me voici dans votre maison. A votre tour, écoutez mes conseils, et suivez-les. Confessez sur-le-champ vos péchés avec le plus profond repentir, car le Seigneur vous rendra aujourd'hui même le bien que vous faites à ses pauvres. » Le soldat crut à la parole du Bienheureux ; il reçut du compagnon de François le pardon de ses fautes, régla ses affaires temporelles et se prépara sérieusement à paraître de-

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