‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 160 sur 260 · BONAV., c. x · texte numérisé non relu

BONAV., c. x

29b SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

vres avec huit de ses Frères et fondait la Province d'Angleterre (1).

En France, les origines de l'Ordre remontaient au Chapitre général de 1217. A partir de ce moment, Bonelli, premier Provincial de Provence, fondait les maisons de Narbonne, Béziers, Arles et Montpellier; — Christophe de Romagne, premier Provincial d'Aquitaine, celles de Mirepoix, Toulouse, Orthez, Bordeaux, Rodez, Lesparre et Cahors; — Bonencontre, celle de Châteauroux; — Pacifique, prémier Provincial de France, celles de Vézelay, Lensen-Artois, Paris, Saint-Tron, Valenciennes, Arras, Gand, Bruges et Oudenarde; — Electus, celles du Mans et de Vendôme; — saint Antoine de Padoue, celles de Saint-Junien, Brive et Donzenac. Un auteur moderne l’a judicieusement remarqué, <« entre la France et saint François il y a de mystérieux rapports et de secrètes sympathies (2) ». Ces sympathies s’affirmèrent dès le principe, et le royaume des lis, cette patrie adoptive du fils de Pierre Bernardone, offrit à ses disciples une terre féconde et bien préparée. On en peut juger par ce seul fait que, dans la quatrième année du généralat de saint Bonaventure (1260), les Ministres provinciaux réunis au Chapitre général de Narbonne déclaraient y posséder deux cent quarante-quatre couvents répartis en cinq Provinces.

Les pays infidèles ne furent pas oubliés, et

1. TH. ECCLESTON, De adv. Fr. M. in Angl., coll. I. 2. Frédéric Morin, Saint François et les Franciscains.

nous verrons à la fin du volume que les missions à l'étranger n'eurent pas toutes l’insuccès de celles d'Egypte et du Maroc; mais il nous semble à propos, auparavant, d'étudier la Règle qui fut le principe et l'âme d'un apostolat aussi vaste que fructueux.

La Règle primitive, celle qui avait été approuvée de vive voix par Innocent III, n’était qu'une ” ébauche, et avait besoin d'être complétée. En 1221, le saint fondateur, instruit par l’expérience, la retoucha et l’augmenta notablement, entremélant de pieuses exhortations les prescriptions des vingt-trois chapitres qui la composaient. Mais, ainsi modifiée, elle prétait trop aux divergences, et le Bienheureux sentit, au bout de peu de temps, la nécessité de lui donner une forme définitive, plus ferme, plus concise, pour fermer la porte aux innovations (1). Une apparition de Notre-Seigneur le décida à exécuter le projet qu'il méditait depuis son retour d'Orient. Quoique les anciens chroniqueurs ne nous aient indiqué ni l'endroit ni la date précise de cette apparition, l’'enchaînement des faits et les habitudes du Saint nous portent à croire qu’elle eut lieu fort peu de temps après son retour de Bari (1223), et dans son sanctuaire de prédilection, Notre-Dame des Anges.

Une nuit qu'il était resté en oraison, il se sentit enveloppé d’une lumière surnaturelle. La terre lui semblait couverte de miettes de pain

1. « Plures regulas fecit et expertus est, antequam faceret illam quam ultimo reliquit. » (Tres socii, p. I, c. 1x.)

qu'il recueillait respectueusement pour les distribuer à ses Frères affamés, et les miettes étaient si petites qu'il tremblait de les voir s'échapper de ses doigts. Une voix céleste, le assurant, lui dit : « François, réunis toutes ces parcelles en une seule hostie, et donnes-en à tous ceux qui voudront en manger. » Il le fit, et tous ceux qui recevaient leur part avec mépris ou sans dévotion lui paraissaient infectés de la lèpre. Le matin, il raconta sa vision en présence de ses Frères, mais en s’affligeant avec eux de n'en pas comprendre le sens mystérieux. Le jour suivant, pendant qu’il priait, la même voix céleste retentit au fond de son âme et lui dit : « François, les miettes de pain représentent les paroles de l'Evangile; l'hostie figure ka Règle, et la lèpre l'iniquité (1). >» Il comprit que c'était là la réponse du Ciel à ses projets, et prenant avec lui deux de ses Frères, Léon et Bonizi0, il se retira dans le creux d'un rocher à Fonte Colombo, près de Riéti, pour mieux se préparer dans le jeûne et la prière à la nouvelle rédaction de sa Règle. Il la fit écrire par un de ses compagnons; puis il revint au bout de quarante jours la communiquer au Frère Élie, vicaire général, afin que celui-ci la méditât et la fit observer. Élie la trouva trop austère, et au lieu de la rendre, il feignit de l'avoir perdue par mégarde; il espérait la supprimer.

Mais que pouvaient l'incurie ou la malice

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