BONAV., c. XII
3. Anecdotes historiques d'ETIENNE DE BOURBON, p. 215 et 407. — Le récit de saint Bonaventure était incom-
«Mettanttoutesaconfianceen Dieu »,ilouvrit au hasard le psautier qu'il tenait à la main. Ses yeux tombèrent sur ce verset du psaume xLIT1 : « Le sujet de ma douleur est sans cesse devant mes yeux, et ma face est couverte de confusion. » Îl commenta ce verset, en le mettant dans la bouche de l'Église, il fit entendre les plaintes amères de cette nouvelle Éve, épouse mystique du Christ et vraie mère des vivants, dont la beauté intrinsèque est impérissable, sans tache et sans déclin, < mais dont le visage est comme voilé et souillé par les scandales de ses enfants, surtout quand ces souillures lui viennent de ceux-là mêmes qui sont le plus rigoureusement astreints par état à donner le bon exemple ». L'orateur touchait ainsi aux questions qui troublaient ces malheureux temps : les débordements des clercs, et le parti qu'en tiraient perfidement les hérétiques, Vaudois et Albigeois, pour nier les pouvoirs spirituels du sacerdoce et saper l'autorité temporelle des évêques. Le sujet était délicat. François le traita en termes si mesurés eten même temps avec tant d'énergie, qu’on sentait battre, sous les hardiesses de son langage, le cœur d’un fils défendant l'honneur de sa mère odieusement outragée (1). « Subjugués par les accents de cette éloquence inspirée, reprend saint Bona-
plet. Etienne de Bourbon est le premier et le seul qui ait
donné à la présente anecdote sa véritable physionomie, en
nous indiquant le sujet traité par le Patriarche d'Assise. 1. Anecdotes historiques, p. 215 et 400.
venture, ses nobles auditeurs reconnurent que ce n'était pas lui qui parlait, mais que c'était l'Esprit-Saint qui parlait par sa bouche (1).
Le discours achevé, François présenta sa requête au Pontife. Honorius, à qui la personne du réformateur ombrien, sa mission providentielle et la vision d'Innocent III étaient connues, agréa sans difficulté une supplique qui était pourtant une innovation, et il confia à l’évêque d'Ostie le titre et la charge de cardinal protecteur de l'Ordre des Frères Mineurs.
Le cardinal Hugolin! Arrêtons-nous un instant devant la majestueuse figure de ce vieillard. Il nous appartient à toutes sortes de titres, puisque, au dire de Bernard de Besse (2), il fut non seulement l’ami personnel du Patriarche d'Assise, mais son conseiller intime dans la rédaction de ses trois Règles, et l’intrépide défenseur de ses Frères contre des attaques sans cesse renouvelées.
De l'illustre maison des comtes de Segni, neveu d'Innocent III, homme d’un grand esprit et d'un cœur plus grand encore, docteur, jurisconsulte, orateur, il réunissait en sa personne toutes les qualités qui font les grands hommes. Dès qu'il eut pénétré dans l'âme de François, il s'établit entre eux une amitié qui, pour le charme des relations comme pour la distance des rangs, : rappelle celle de David et de Jonathas (3).