CANTIQUE DU SOLEIL
Très-Haut, tout-puissant, bon Seigneur,
A toi les louanges, la gloire, l'honneur et toute bénédiction.
À toi seul elles sont dues, à Très-Haut,
. Et aucun homme n’est digne de te nommer.
Sois loué, Seigneur, pour toutes tes créatures, Spécialement pour messire notre frère le soleil, Qui dispense la lumière et le jour.
Il est beau et rayonnant de splendeur ;
De tes grandeurs, à Très-Haut, il est le symbole.
1. « Laudes de creaturis » (TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. cLxI : édition critique du P. Edouard d'Alençon). — Les archives du Sagro-Convento (codex 398) possèdent une copie très antique de cet hymne. Barthélemy de Pise l’a inséré dans ses Conformités (p. Il, L 11, fr. 11).
Sois loué, Seigneur, pour notre sœur la lune et les étoiles ;
Au firmament tu les as formées claires, précieuses et belles.
Sois loué, Seigneur, pour notre frère le vent,
Pour l'air et les nuages, le ciel pur et tout temps
Par lequel tu donnes à toutes tes créatures la vie et le soutien.
Sois loué, Seigneur, pour notre sœur l'eau, Qui est si utile, humble, précieuse et chaste.
Sois loué, Seigneur, pour notre frère le feu, Par lequel tu illumines la nuit; Il est beau et gai, puissant et fort.
Sois loué, Seigneur, pour notre mère la terre,
Qui nous soutient, nous nourrit
Et nous offre ses fruits, ses fleurs aux mille nuances et sa verdure.
Louez et bénissez le Seigneur ; rendez-lui grâces, Et servez-le avec grande humilité.
Peu de jours après, un conflit éclata entre l'évêque d'Assise et les magistrats de la cité. Don Guido fulmina contre eux l’interdit, et, de leur côté, les consuls mirent le prélat hors la loi. François, affligé d’une pareille dissension, ajouta à son cantique la strophe suivante, que ses Frères chantèrent à deux chœurs devant les deux partis, et qui rétablit aussitôt la concorde :
Sois loué, Seigneur, pour tous ceux qui pardonnent par amour pour toi Et supportent les peines et les tribulations.
Heureux ceux qui persévèrent dans la paix!
Par toi, d Très-Haut, ils seront couronnés.
Enfin, lorsque Notre-Seigneur lui eut révélé, au couvent de Foligno, qu'après deux ans de souffrances, il serait délivré de la prison de son corps et transporté dans le séjour de l'éternel repos, il termina son hymne d'amour par ce cri de reconnaissance :
Sois loué, Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle,
A qui nul homme ne saurait échapper.
Malheur à ceux qui meurent en état de péché mortel!
Heureux ceux qui se trouveront conformes à tes très saintes volontés;
La seconde mort ne pourra leur nuire.
Tels, sous l'inspiration divine, les trois jeunes gens Ananias, Mizaël et Azarias, se promenant au milieu des flammes de la fournaise de Babylone, comme on se promène sous la brise rafraîchissante du matin, entonnaient ce cantique débordant de poésie:
Œuvres du Seigneur, bénissez-le, louez-le, exaltez son nom dans tous les siècles !
Cieux, bénissez le Seigneur !
Etoiles du ciel, bénissez le Seigneur!
Pluie et rosée, bénissez le Seigneur!
Vents et tempêtes, bénissez le Seigneur !
Feux des étés, bénissez le Seigneur !
Froids des hivers, bénissez le Seigneur !
Lumière et ténèbres, bénissez le Seigneur !
Éclairs et nuages, bénissez le Seigneur !
Montagnes et collines, bénissez le Seigneur !
Herbes et plantes qui germez en terre, bénissez le Seigneur!
Sources et fontaines, bénissez le Seigneur !
Eaux des mers et des fleuves, bénissez le Seigneur!
Poissons qui respirez sous les eaux, bénissez le Seigneur !
Oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur!
Bêtes sauvages et troupeaux, bénissez le Seigneur !
Le Cantique du Soleil était à la fois un cri de l'âme, un hymne d’adoration, une prière. Le vénérable fondateur voulait que ses Frères l’apprissent et le récitassent chaque jour. Ce poëme est bien court, et cependant toute l’âme du Saint, la richesse de son imagination, la hardiesse de son génie ont passé dans cette œuvre,et l’on y sent comme un souffle de ce paradis terrestre de l’'Ombrie, où le ciel est si doré et la terre si chargée de fleurs(r). « La valeur de ce cantique n’est pas intrinsèque, remarque avec raison Paul Sabatier. Elle lui vient de saint François, de ce que saint François nous l'explique, et de ce qu’à son tour il nous explique saint François (2). »
Pour cet homme séraphique, la création rentrait dans le plan primitif de la Providence, si douloureusement brisé par le péché. Pour lui, tout chantait dans la nature. Les fleurs et l’encens de leur corolle, les astres du firmament et