TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. ci
pondre lui-même au chantre ailé des bois, et il continua ainsi jusqu’à une heure fort avancée de la nuit. S'étant trouvé à bout de force le premier, il fit venir le petit oiseau, le caressa doucement, le félicita d'avoir remporté la victoire, et dit au Frère Léon : « Donnons à manger à notre frère le rossignol; car il le mérite mieux que moi. » Le rossignol mangea quelques miettes de pain dans la main du séraphique Père, et s'envola avec sa bénédiction (1).
Après les oiseaux, le Saint chérissait d'une affection toute particulière les brebis et les agneaux, parce qu'ils lui rappelaient l’Agneau sans tache, immolé sur le Calvaire pour la rédemption des hommes. Rencontrait-il ces bêtes inoffensives, lorsqu'on les menait à la boucherie, il pleurait d’attendrissement, et ne s'en allait pas qu'il ne les eût rachetées de la mort. Apercevant un jour une pauvre petite brebis qui passait seulette au milieu d'un troupeau de boucs, il dit à ses Frères en poussant un profond soupir : « C’est ainsi que notre doux Sauveur était au milieu des Juifs et des Pharisiens!» Ses compagnons résolurent d'acheter la brebis; mais ils n'avaient pas d'argent et ne possédaient rien au monde que leurs manteaux. Un marchand qui passait s'émut de leur peine, paya la brebis et la donna à François; le Saint emmena la brebis avec lui et la confia aux soins des religieuses de San Severino (2).