‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 178 sur 260 · OZANAM, les Poëtes franciscains · texte numérisé non relu

OZANAM, les Poëtes franciscains

3. Bonav., c. xiv. — Cf. TH. DE CELANO, Vita prima, p- I, C. xxXIX.

vant de la nature comme d’un échelon pour monter jusqu'à Dieu.

Cette clarté si parfaite qui voyait Dieu en tout, cette clarté si forte et si constante qui rapportait tout à Dieu, s’alliait en François à la piété la plus tendre et la plus simple. Avec quels sentiments de dévotion il parlait des mystères de l'Incarnation et de la naissance du Sauveur ! A vec quelle allégresse il en saluaïit chaque année le retour! Les Frères lui demandaient un jour si l’on faisait bien de manger de la viande le jour de Noël, quand cette fête tombait un vendredi. «Assurément, dit-il; je souhaiterais même que les princes et les grands de la terre fissent jeter des viandes et du froment dans les campagnes et sur les voies publiques, afin que les oiseaux et les bêtes des champs prissent leur part d’une si grande fête. » C’est saint François qui a popularisé, peut-être même inauguré en Italie, la dévotion à la crèche. C'était en 1223. Etant à Rome, il avait obtenudu Souverain Pontife l'autorisation d'aller célébrer à Greccio la naissance du Sauveur, de convoquer ses Frères et les populations d’alentour, et de donner à cette fête un éclat inaccoutumé. Il arriva pour la nuit de Noël. Son ami, Jean Velita, qu'il avait chargé de tous les préparatifs, avait suivi ses instructions à la lettre. Un autel dressé en plein air, une crèche, un bœuf, un âne, tout reproduisait au naturel l’étable de Bethléem. A minuit, les Frères Mineurs se mirent en marche vers le bois, accompagnés d’une foule de mon-

tagnards qui portaient des torches allumées.

Un spectacle si nouveau, ces gerbes de lumières se projetant à travers les arbres de la forêt, ces gracieux noëls d'Ombrie chantés en chœur par des centaines de voix et répétés par les échos de la montagne, émurent le Saint jusqu'aux larmes. A la messe, il remplit l'office de diacre et chanta solennellement l'évangile; puis il précha sur les grandeurs et les miséricordes du Messie, qu'il appelait amoureusement l'Enfant de Bethléem. Toutes les fois que le doux nom de Jésus se présentait sur ses lèvres, il ne pouvait passer outre; sa voix s’altérait, comme s’il eût savouré un miel délicieux, ou comme s’il eût entendu une mélodie intérieure dont il aurait voulu ressaisir les notes. Le chevalier Jean Velita, homme digne de foi, qui avait abandonné la carrière des armes pour mieux servir Jésus- Christ, affirma sous la foi du sermentavoir vuun enfant qui paraissait dormir et vers lequel notre Bienheureux se penchait pour le couvrir de ses baisers et comme pour le tirer de son sommeil. La paille qu'avait touchée l'apparition opéra dans la suite plusieurs guérisons miraculeuses (1).

La dévotion à la crèche, propagée avec ardeur par les enfants de saint François, est devenue depuis longtemps une dévotion universelle; mais nulle part elle ne revêt plus de charme et de simplicité que dans les couvents de l'Ordre séraphique. |

1. TH. DE CELANO, Vita prima, p.I, c. xxx; et BonNaAv., C. X.

Notre Saint cherchait à se pénétrer de l'esprit des différents mystères que l'Église célèbre dans le cours de l’année. Pendant le Carême , il se transportait avec elle sur les hauteurs du Calvaire, et laissait souvent échapper de ses lèvres ce cri du Docteur des nations : « Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me : Jésus m'a aimé, et il s’est livré à la mort pour moi.» Il savourait cette expression de nos saints Livres, et nous ne pouvons douter qu'elle n'ait contribué à faire de lui un saint et un grand saint: chaque parole de l’Ecriture n'est-elle pas une sorte d’hostie contenant le Verbe tout entier et le donnant à ceux qui la méditent.

Pendant la Semaine Sainte, la ferveur de François redoublait.Il ne pensait plus qu'à Jésus crucifié; il ne parlait plus que des plaies, des humiliations et de la mort de Jésus crucifié. Son âme était si remplie du souvenir de la Passion qu'elle débordait et se répandait en plaintes et en cris lamentables. Un chevalier, ayant entendu un jour ces gémissements, s’approcha du Saint et lui dit : «< Pourquoi vous lamenter ainsi ? Que puis-je faire pour vous consoler? — Mon Amour est crucifié, répondit François en sanglotant. Et si vous désirez me consoler, pleurons ensemble sur sa douloureuse Pas- SION, » |

Une autre fois qu'au milieu des souffrances inénarrables de ses deux dernières années, ses Frères le priaient de leur indiquer un ouvrage dont la lecture pût adoucir ses douleurs,

il leur fit cette belle réponse : « Il n’est pas de livre qui me réjouisse plus que la Passion de Jésus-Christ; c’est là le sujet continuel de mes méditations ; et quand même je vivrais jusqu'à la fin des temps, je n'aurais pas besoin d’une autre lecture (1)}.» — « A Dieu ne plaise, s'écriait-il encore, que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus- Christ (2). » Ce cri de l'apôtre saint Paul revenait souvent sur ses lèvres, et c'est pour ce motif que les Frères Mineurs l'ont choisi pour la devise de leur blason.

Notre Saint ne séparait jamais l'amour de Jésus crucifié de l'amour de Jésus hostie, toujours vivant au Très Saint Sacrement de l'autel. Il entendait la messe tous les jours et communiait fréquemment, il exhortait aussi tous ses fils spirituels, même ceux du Tiers-Ordre, à limiter sur ce point. Qu'il était beau de le voir au moment de la sainte communion s’avancer vers la Table sainte, les yeux baissés, les mains jointes et les pieds nus, par respect pour unsi grand mystère! C'était pour les assistants un des plus doux spectacles de leur vie, et nul n’en était témoin sans se sentir une plus vive dévotion (3). Lorsque François avait reçu le Dieu de son cœur, il se retirait à l'écart, plongé dans une sorte d'ivresse spirituelle et ravi en extase. — Le sacrement de l'autel est ici-bas le dernier mot

1. TH. DE CELANO, Vita secunda, p. III, c. XLVIN. 2. Galat., VI, 14.

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