Paradis, chant x
dédié à notre héros sous le vocable de San-Francesco il Piccolo (Saint-François le Petit). C'était autrefois une étable, et l’on ne manque pas de rappeler au touriste comment, sur l’avis d'un pèlerin mystérieux, Pica s’y réfugia et y mit au monde, sur une jonchée de paille, au milieu de concerts angéliques, celui qui devait être la copie fidèle et le héraut de l'Enfant de Bethléem (1). Pieuses croyances, traditions vénérables dont il est difficile d'apprécier la valeur, parce qu'au delà du xv° siècle nous perdons la trace de leur origine (2).
Ce qui est absolument certain, c'est que le nouveau-né fut porté au baptistère du dôme de Saint-Rufin et qu’on lui imposa le nom de Giovanni, Jean, conformément au désir de Pica, qui avait une dévotion particulière pour le saint précurseur. Ce qui n’est pas moins certain, c'est qu’une étonnante prédiction, dont les confidents du saint Patriarche se sont faits les échos, projeta dès lors sur son berceau les premières lueurs d’une mission providentielle, d'une mission de paix. C'était au retour du baptistère de Saint-Rufin. Un inconnu, un envoyé de Dieu, frappant à la porte des Moriconi, demanda instamment et comme une faveur
1. Sur la porte de l’oratoire, on lit cette inscription ine :
Hoc oratorium fuit bovis et asini stabulum In quo natus est F'ranciscus, mundi speculum. 2. Voir Saint François et les Franciscains, par le P. PAMPHILE DE MAGLIANO, t. L.
à voir le gracieux enfant. Tout heureux d’être exaucé, il le prend dans ses bras, comme un autre Siméon, et, saluant dans cet enfant régénéré un élu de Dieu, un frère puiné, un futur compagnon de sa gloire, il le couvre de douces caresses et de baisers ; puis il le rend à la nourrice en lui disant : « Aujourd’hui sont nés dans cette ville deux enfants dont l'un, celui que je tiens dans mes bras, deviendra un grand saint, et l’autre un grand pécheur (1). » Ayant achevé ces mots, l'étranger disparut, sans qu’on püt le retrouver.
Un ange et un berceau! Un ange ombrageant de ses ailes de feu le front rayonnant de grâce et d’'innocence du nouveau-né; un berceau sur lequel descend, à travers des flots de bénédictions, une prédiction dont toutes les syllabes se gravent dans le cœur de l’heureuse mère!
Ces commencements, même dégagés de toute légende, sont pleins de fraîcheur et de poésie, comme une belle matinée de printemps. L’histoire en atteste l'authenticité ; une nature enchanteresse leur sert de cadre; l’action de la grâce les illumine, les pénètre, les revêt d'un attrait tout-puissant auquel l’incrédule luimême ne saurait longtemps rester insensible.
Ils n’ont rien que de croyable, et tout homme de bonne foi n'y verra avec nous que les dignes prémices d’une vie qui doit occuper tant de place dans l'histoire du xrri° siècle.