‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 180 sur 260 · Anedoctes historiques, p. 265 et · texte numérisé non relu

Anedoctes historiques, p. 265 et

en faveur de leurs frères encore voyageurs.

Aussi le fils de Pierre Bernardone implorait-il fréquemment leur assistance et leur protection. Cependant, il avait une dévotion plus tendre pour quelques anges etquelquessaints;c'étaient les plus élevés en amour comme en dignité :

saint Michel, le chef de la milice angélique; saint Pierre et saint Paul, les princes des apôtres; et par-dessus tout Marie, la reine des anges et des saints, qu'il avait choisie pour son avocate auprès de Dieu et pour la patronne de son Ordre (1)? Chaque année, il s’imposait de longs jeûnes en l'honneur des uns et des autres.

Cet amour intarissable et si pur qui remplissait l'âme de François ne demeurait pas oisif : il se répandait comme un fleuve qui déborde, sur toutes les créatures, plus spécialement sur les déshérités de ce monde, les pauvres, les petits, tous ceux qui souffrent, et jusque sur les blasphémateurs et les impies. Que de fois l’inaltérable douceur du Bienheureux guérit ces cœurs ulcérés par la haine ou par le chagrin! Que de fois il les réconcilia avec le Ciel, avec eux-mêmes et avec la société! Laissons le plus ancien de ses biographes, Thomas de Célano, nous raconter une de ces victoires. « Un jour qu'il se rendait d'Assise à Pérouse, il rencontra sur sa route un manant dont le visage trahissait une violente colère, et qui s emportait en impré-

I. « Ordinis advocatam ipsam constituit. » (TH. DE CE- LANO, Vita secunda, p. 1I, c. cxxvI et cxxvI1.)

cations de tout genre contre son seigneur, qu'il accusait de lui avoir volé tout son bien. Le serviteur de Dieu s’approche de lui, et le voyant persévérer opiniâtrement dans ses sentiments de haine et de vengeance, il a grande compassion de son âme. « Mon frère, lui dit-il avec une angélique douceur, de grâce, pour l'amour de Dieu, pardonne à ton seigneur, afin que ton âme soit sauvée. — Moi, lui pardonner! réplique cet homme. Je ne le puis, s’il ne me rend ce qu'il m'a dérobé. — Tiens, reprend le Saint, je te donne ce manteau, c'est tout ce que j'ai; de ton côté, je t'en supplie, pardonne à ton maître pour l'amour de Dieu. » En même temps, il se dépouille de son manteau et le donne au pauvre paysan, qui, touché de tant de prévenances et vaincu par tant d'amour, abjure tout sentiment de haine et pardonne à son maître (1). »

Peut-être faut-il voir dans ce trésor d’inépuisable douceur, plus encore que dans la puissance thaumaturgique dont le Seigneur l'avait armé, le secret de sa haute influence en Europe et particulièrement en Italie. À une société déchirée par les luttes intestines, à un siècle qui, après les règnes de Frédéric IT et d'Ezzelin le Féroce, devait voir le supplice d'Hugolin de Pise et les Vêépres siciliennes, il apportait le bien le plus précieux, la paix, cette paix qui a sa source dans le commerce intime et sacré de l'homme avec Dieuetquiest lepremier élément de la prospérité

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