Vita secunda, p. III, c. xxx
des nations (r). Il en était l’ange, il l'annonçait à tous, il la répandait autour de lui, comme le soleil répand ses rayons, le pin son arome, la rose ses parfums; et les peuples réconciliés et reconnaissants écoutaient avec docilité l'apôtre qui leur apportait un bien si ardemment désiré.
S'ilse montrait compatissant aux souffrances d'autrui, jusqu’à pleurer avec ceux qui pleuraient, et souvent jusqu'à opérer des miracles au gré des personnes qui les sollicitaient, nulle part pourtant sa bonté n'était plus expansive, plus délicate, qu'à l'égard de ses Frères. Avec quelle charité il s’efforçait de les soulager, soit dans leurs peines intérieures, soit dans leurs souffrances corporelles! Sa tendresse pour eux n’égale que sa dureté pour lui-même.
Une nuit, un jeune religieux, torturé par la faim et l’insomnie, se mit à pousser des gémissements. À ce cri, le bienheureux Père se lève, dresse la table et s’y asseoit avec le pauvre Frère et tous les autres religieux, afin qu'il ne soit pas humilié de manger seul. Après le repas, il dit à ses Frères : « Chacun doit tenir compte de ses forces et prendre la nourriture qui lui est nécessaire, afin que le corps rende bon et loyal service à l'esprit. Gardons-nous de deux excès : il ne faut ni trop manger, ce qui nuiraïit au corps et à l’âme, ni jeûner immodérément, parce que le Seigneur préfère les œuvres de miséricorde à l’observance purement extérieure de la reli-
J,. « Angelus veræ pacis. » (BONAV., prolog.).
gion. Pour nous, Frères bien-aimés, c’est par charité pour notre Frère que nous avons mangé avec lui, et non par caprie, ni par nécessité (1). »
Il usa de la même condescendance avec le Frère Sylvestre, l'un de ses douze premiers compagnons, qui était miné sourdement par une maladie de langueur. Sachant que Sylvestre avait un vif désir de manger des raisins, mais qu'il n'osait en demander, il le mena dans une vigne voisine, s'assit avec lui auprès d'un cep, cueillit une grappe, la bénit, et la partagea avec le malade. Dieu bénit la délicate charité du Père. Dès que Sylvestre eut mangé sa part de raisin, il se trouva parfaitement guéri.
Un dernier trait plus touchant encore achèvera de peindre cette tendresse toute paternelle du saint Patriarche pour ses Frères. Le Frère Rizzier, l'ancien étudiant de Bologne, fut quelque temps en proie à la plus horrible des tentations, celle du désespoir : il se croyait réprouvé de Dieu, et s'imaginaït que le saint Patriarche le fuyait pour ce motif. Enfin, à bout de forces et de courage, il se dit un jour en Îui-même : « Je me lèverai, et j'irai trouver mon Père. S'il me reçoit avec douceur, j'aurai l'espérance que le souverain Juge me sera propice; s’il agit autrement, ce sera le signe que Dieu m'a rejeté sans retour du sein de sa miséricorde. » Il partit sur-le-champ pour le palais épiscopal d'Assise,